L’un des « Bancs d’essai » qu’organise chaque mois le Forum Léo-Ferré avait déjà permis à la toute jeune Inès Désorages, remarquée par le public comme par les organisateurs, de faire quelque temps plus tard une première partie de soirée en ce même lieu, invitée par Jules Bourdeaux. Jeudi 18 septembre, au Forum toujours, c’est la tout aussi jeune Alma Forrer, belle découverte du « Banc d’essai » de novembre dernier, et dont nous avions dit le plus grand bien ici même*, que Marie Baraton proposait de voir et d’entendre avant elle.

Alma Forrer (D. R.)

Alma Forrer (D. R.)

La très récente sortie de son premier CD 4 titres avait valu à Alma Forrer, deux jours auparavant, d’être programmée sur la scène des Trois Baudets, à Paris, où elle fit un tabac devant une salle comble et des gens de son âge. Au Forum, on a retrouvé la même jeune femme prometteuse qu’en fin d’année dernière, accompagnée cette fois, de fort belle manière, par Alexis Paul joignant sa guitare à celle de la chanteuse et ses jolies mélodies aux accents folk.
La timidité est toujours là, aussi, que la proximité du public accentue sans doute, rendant difficile un lien plus direct avec lui. Mais on retrouve avec plaisir
cette belle voix sensuelle et légèrement mélancolique, au vibrato à la
Buffy Sainte-Marie, cette diction relaxe, quelque peu « fatiguée », propre à nombre de jeunes gens d’aujourd’hui. S’en dégage ici un charme indéniable, qui gagnerait encore en intensité si la demoiselle faisait un tout petit effort de prononciation, d’autant que ce soir-là une sonorisation des plus approximatives l’a grandement desservie. Si Alma Forrer a beaucoup écouté Marie Laforêt, qui lui a d’ailleurs inspiré l’une de ses chansons, il y a chez elle une évidente attirance pour la musique folk américaine (elle cite bien volontiers Townes Van Zandt), ce qui n’est pas sans exercer une influence sur ses propres compositions. En témoignaient sa chanson Bobby, la plus réussie à mon goût, et sa belle adaptation en langue française de When I’m Gone, de Phil Ochs, rebaptisée En partant et offerte en rappel. « Pour tout bagage, on a 20 ans », chantait Léo Ferré. Alma Forrer n’a pas seulement cet âge-là, mais un beau talent naissant qu’il convient d’encourager.

Marie Baraton (D. R.)

Marie Baraton (D. R.)

Puis vint Marie Baraton. Nous l’avions découverte à travers une belle chanson mise en vidéo, L’un et l’autre qui s’aiment, postée sur un célèbre réseau social par Gilbert Laffaille, puis grâce à un premier CD de huit titres alléchants écrits et mis en musique par Pierre-André Athané, son accompagnateur à la guitare et au piano. Huit titres qui révélaient chez lui un sens de la mélodie bienvenu, trop souvent absent ou très secondaire dans le monde de la chanson en marge.
L’écoute du CD nous avait transportés vers des contrées intimistes, empreintes le plus souvent de mélancolie, où dominait l’expression du sentiment amoureux, ses espoirs et ses tourments. Mais sur la scène du Forum,
Marie Baraton a commencé avec La Parisienne, de Marie-Paule Belle. Cela annonçait plusieurs reprises pour la suite, et révélait d’emblée ce qu’il était difficile de discerner à l’écoute du CD : une certaine nature enjouée, qu’on retrouvait avec plaisir au long de la soirée dans ses interprétations des Embouteillages de Sanseverino et d’Alphonse de Lynda Lemay, par exemple, ou même dans Tu t’laisses aller d’Aznavour, réponse cocasse à l’interprétation précédente de J’ai peur, du même auteur. On aura aussi apprécié la douce émotion qui se dégageait du beau duo formé avec son parolier et compositeur attitré à la guitare dans Une autre que toi, de ce grand auteur délaissé qu’est Guy Béart.
Michel Haumont, qu’on retrouve également sur le CD, était de la partie ce soir-là, avec une guitare toute neuve et un talent confirmé. Un peu perdu dans l’ordre des chansons, il se livra à quelques tentatives avortées de sorties et d’entrées en jeu, nous offrant ainsi une mise en scène involontaire qui amusa le public, avec la complicité de l’interprète. Les huit titres de l’album figuraient bien sûr au répertoire, où s’illustra la belle voix, tour à tour puissante et douce, de
Marie Baraton, une voix en laquelle certains connaisseurs croient reconnaître,
non sans raison, ces intonations propres aux interprètes portugaises de fado.
S’y ajoutait une chanson fort sensible et pudique, Ma p’tite main, sur son propre handicap. Enfin, en guise d’au revoir, Marie Baraton a refait surgir une ancienne chanson de Robert Lamoureux, Histoire de roses, sur la tendre complicité qui unit les vieux couples à travers les chansons qui ont accompagné leur histoire. C’était délicieux.
On souhaite à ces deux jeunes femmes de nous faire vivre longtemps d’aussi agréables soirées.

Floréal Melgar

* Cliquez pour (re)lire l’article :

Le site d’Alma Forrer :

Le site de Marie Baraton :

1 commentaire »

  1. POMMIER Marc dit :

    Voilà une chronique de spectacle et de disque que j’apprécie ! Tout est dans la nuance, et les critiques apportées ne peuvent qu’être bénéfiques et réfléchies par les artistes évoqués ! Merci Floréal.

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