JohnyRechSur mon Teppaz, j’ai écouté La Fille du geôlier par Johny Rech. La chanson, inspirée d’un fait divers récent (enfin, récent en 1964, selon le Paris-Jour des 26 et 27 septembre de cette année-là), renoue avec un thème populaire sur lequel Francis Blanche avait brodé quelques années plus tôt pour le compte d’Edith Piaf et des Compagnons de la chanson. L’un et l’autre morceaux trouvent sans doute leur source dans le traditionnel Dans les prisons de Nantes – parfois sous-titré La Fille du geôlier. La mélodie en boucle et les paroles en bois de Johny Rech doivent d’ailleurs pas mal au folklore.
Johny Rech, débarqué dans la chanson en 1961, est plutôt bien considéré. Le numéro 2 de Hello (15 janvier 1963), prenant acte de « l’enterrement du twist », prédit un « retour offensif de la chanson traditionnelle [grâce notamment à de] jeunes débutants de qualité, Claude Nougaro, Leny Escudero, Johny Rech […] ». Rien à dire, le petit dernier, dont la presse a tendance à mal orthographier le prénom – chassez le n(aturel), il revient au galop d’un cheval de Camargue que l’autre Johnny se plaisait à monter – , est en bonne compagnie. Avec d’autres chanteurs « poétiques » comme Jean-Claude Annoux ou Gribouille, ils chantent pour les mêmes « jeunes » qui applaudissent Sylvie Vartan ou
Jacky Moulière. Car il y avait, sur les gradins œcuméniques d’Age tendre et tête de bois (la petite messe cathodique animée par Albert Raisner), un temps pour taper du pied et un autre pour se prendre la tête dans les mains. N’en déplaise à ceux qui, l’ayant vécu pourtant, s’obstinent à le nier. Une preuve de plus ? Les quatre premières entrées du « Trombinoscope des copains », en page 7 du numéro 36 de Salut les copains, sont les suivantes : Boy (Danny), le leader des Pénitents ; Brassens (Georges), « […] un poète remarquable [qui] a effrayé à ses débuts plus d’un bourgeois » ; Brel (Jacques), qui « s’efforce d’écrire des textes sensés auxquels il donne plus d’importance qu’à la musique » ; Brent (Gérard), qui « a fait ses débuts avec une formation baptisée les B.T.M. (Boogie-Twist-Madison) ».
Alors, de la Villa d’Este au Golf Drouot, de l’Echelle de Jacob à l’Olympia (en première partie des Beach Boys)… il s’est frotté à tous les publics et a connu son petit succès, Johny Rech, mais n’a pas accroché.

René Troin

Johny Rech (paroles, musique, interprétation), La Fille du Geôlier, 1964.

Les extraits de presse proviennent du site internet de Johny Rech, dont la carrière s’est poursuivie : il a notamment écrit pour Cat et Maxim, Juliette Gréco et Serge Reggiani, et composé de nombreuses pièces instrumentales.

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