BalmelleJ’ai reçu par la poste un très joli cahier relié de fil rouge, Régis Balmelle, Notes et contre-notes, c’est le numéro 50 de la revue  Chiendents, cahier d’arts et de littératures (Éditions du Petit Véhicule)*. Il contient des textes de chansons de Régis Balmelle, un peu de prose et quelques dessins de sa main.
J’ai connu Régis Balmelle au début des années 70, à Lyon. Nous n’étions alors pas très nombreux dans le coin à essayer de nous lancer dans la chanson, nous nous connaissions tous. Certains écumaient les restaurants et les cafés où le patron les laissait faire la manche, mais les occasions de chanter étaient rares. Il n’y avait qu’un petit lieu qui programmait régulièrement des jeunes chanteurs, c’était un café-théâtre, « La Graine », à Saint-Paul (dans le Vieux-Lyon).
Régis Balmelle y avait un peu établi ses quartiers. Je l’ai écouté chanter là-bas à de nombreuses reprises. Il avait une voix assez grave, bien timbrée, et il écrivait de belles chansons, très originales, qu’il accompagnait (comme tout le monde à l’époque) à la guitare. Son rapport au public était assez original aussi, en raison d’un caractère ombrageux, fantasque, ou peut-être simplement d’une immense timidité, mais on se demandait s’il souhaitait vraiment séduire l’auditoire ou bien se le mettre à dos. Un drôle d’oiseau, donc, très porté sur la bouteille. Comme tant d’autres, qui ont hanté les cabarets parisiens de la rive gauche (et d’ailleurs), dont on a oublié aujourd’hui les noms et les chansons. Le mythe de la bohème et du poète maudit avait encore la vie dure en ces années-là, il attendait les jeunes artistes au coin du bar, une bouteille dans une main et un portrait de Rimbaud dans l’autre.
Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, et à Lyon il y en a beaucoup puisqu’il y a deux fleuves, et donc deux « rives gauches ».
J’ai appris la mort de Régis Balmelle, il y a quelques années. Je l’avais perdu de vue depuis longtemps. Il était parti s’installer dans une petite ville où sa famille avait des attaches. Je pensais qu’il ne restait rien de ce que ce gars avait écrit et chanté avant d’aller se perdre dans les méandres de l’alcool, griffonnant çà et là des poèmes, une prose plus ou moins aboutie, ou encore des dessins. Je gardais quand même au fond de ma mémoire une de ses étranges chansons, Blankenese.
Puis, hier, j’ai reçu ce petit livre qu’Anne-Marguerite Balmelle, la sœur de Régis, a réussi à faire éditer, afin que les textes de ces chansons ne disparaissent pas tout à fait. On y trouve donc un choix de chansons, un peu de prose et des dessins de la main de l’auteur. En relisant ces textes, j’ai pu constater leur beauté intacte et la fulgurance de certaines images. Je me suis dit que les productions artistiques, aussi inachevées et incohérentes soient-elles, pour peu qu’elles émanent de gens de talent (même peu soucieux de leur travail et de leur postérité), ont bien du mal à disparaître complètement avec eux. Ces œuvres-là, aussi éparpillées et fragiles qu’elle puissent paraître, s’accrochent à la vie et réclament qu’on les regarde, les lise ou les entende. C’est comme des chiendents, ainsi que nous le rappelle cette collection, si bien nommée.

Pierre Delorme

* Pour se procurer cet ouvrage, adresser un chèque à Anne-Marguerite Balmelle-Massocco – 160, cours Lafayette, 69003 Lyon – sans oublier d’indiquer votre adresse. Chaque exemplaire coûte 4 euros (frais de port compris).

 

 

 

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