© Philippe Dureuil

© Philippe Dureuil

Pendant l’été, je roule en voiture beaucoup plus souvent que d’habitude. Les paysages divers et variés défilent. C’est aussi le moment où j’écoute le plus de musique. Des chansons aussi. Certaines se trouvent ensuite définitivement liées au souvenir du paysage que j’ai traversé en les écoutant. Cette année, par exemple, en vadrouillant sous la pluie du côté d’Ornans et d’Arbois (à Ornans pour le musée Courbet et à Arbois pour le pinard), j’ai écouté le CD Charlie Haden, family and friends, des chansons jouées et chantées par la famille (filles, fils et épouse) de Charlie qui vient de nous quitter. Parmi les amis, il y a du beau monde, notamment Pat Metheny himself qui vient prêter « mains fortes » (et Dieu sait si elles sont fortes!) à son pote Charlie.
Ils jouent et chantent des chansons du folklore américain et d’autres du répertoire des années trente et quarante qu’affectionnaient les parents de Charlie, eux-mêmes artistes et animateurs d’émissions musicales à la radio. Une autre fois je vous raconterai par le menu ce CD très beau.
Le Missouri, pays d’enfance de Charlie et de Pat, ça n’est pas la porte à côté, pourtant les chansons de là-bas s’accommodent très bien des paysages du Jura vus à travers le pare-brise d’une auto.
N’importe quelle musique peut finalement s’adapter assez bien à n’importe quel paysage en mouvement, cette impression doit venir du cinéma qui nous a habitués à des combinaisons audacieuses entre les images et la musique*. Quand on roule en bagnole en écoutant de la musique, on peut avoir la sensation d’être un peu dans un road movie.
N’importe quelle musique, n’importe quel paysage, pour moi tout marche, tout peut se combiner**. Sauf, et c’est là où le vilain crapaud et le méchant rossignol en moi voulaient en venir, sauf la chanson française de qualité (CFQ) ! Je ne saurais dire pour quelle raison ces pauvres chansons semblent toujours anachroniques dans le paysage que je traverse (même Jean Ferrat en traversant l’Ardèche, c’est dire !), mais il me semble que cela vient surtout de l’absence de rythme et de mouvement dans ce genre de chanson, dont l’aspect musical assez immobile appelle davantage le fauteuil du « recueillement » ou celui de l’orchestre, voire le tabouret de cabaret, que le voyage en auto. Pour être juste disons aussi que les images suggérées par les mots de la chanson n’ont pas forcément grand-chose à voir avec le paysage qu’on traverse, et que ceci explique peut-être cela.
Bien sûr, je connais un tas de gens qui écoutent des chansons « à texte » en roulant en voiture, et les impressions décrites ci-dessus me sont tout à fait personnelles. Mais après tout, ça n’est qu’une carte postale, écrite en passant, un été***.

Pierre Delorme

* Dans un autre registre, en ce qui concerne la combinaison des images et de la musique, je me souviens d’une interview dans laquelle Maurice Béjart expliquait qu’il lui arrivait d’écouter chez lui de la musique (classique, je crois) et de regarder en même temps par la fenêtre le mouvement des passants. Cela lui donnait des idées de ballet.
** La combinaison semble parfois naturelle, par exemple traverser l’Allemagne du Nord enneigée en écoutant Winterreise (Le Voyage d’hiver) de Franz Schubert (d’après des poèmes de Wilhelm Müller), ce fut d’ailleurs l’objet d’un film magnifique de Vincent Dieutre, Mon Voyage d’hiver (2003).
*** Si vous avez des enfants ou des petits-enfants, n’oubliez pas de passer des CD lorsqu’ils voyagent avec vous en voiture. Plus tard ils écriront peut-être une chanson qui évoquera ce souvenir, comme Frédéric Bobin et son frère Philippe dans L’Autoradio de mon père, une très belle chanson.

Frédéric Bobin chante au bout du lien :

1 commentaire »

  1. Pascal Kober dit :

    Parce que j’aime le jeu sobre de Charlie Haden, la complexité du vin jaune et une singulière version de Winterreise somptueusement arrangée par le fondateur du Vienna Art Orchestra pour la chanteuse Lia Pale…

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