Photo : DR

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Les vieilles barbes dans mon genre, de la génération des années cinquante, ne peuvent que s’étonner du retour en grâce de la chanson de style rive gauche auprès des trentenaires et quadragénaires d’aujourd’hui. Bien sûr, au temps de notre jeunesse nous avons apprécié quelques chansons de Georges Brassens et nous n’avons pas échappé à « l’ouragan » brélien, cependant nous étions bien plus attirés par les chansons aux musiques novatrices, généralement venues d’outre-Atlantique ou d’outre-Manche. La chance que nous avons eue fut de trouver dans ces chansons-là aussi de quoi étancher notre soif de poésie et de texte : nous écoutions avec avidité Bob Dylan ou Leonard Cohen, dont on ne peut pas dire que les textes de leurs chansons furent une moindre préoccupation pour eux. Cette musique plus rythmée (à tempo fixe) n’était pas forcément synonyme de paroles indigentes. L’arrivée de Graeme Allwright dans le style folk nous apporta certaines de ces mêmes chansons américaines, le plus souvent, traduites en français, c’était parfait !
Le style rive gauche, à moins d’être pratiqué par ses maîtres, nous semblait désuet, voire pénible laborieusement joué par des seconds couteaux qui marchaient dans les pas de leurs aînés sans en avoir le talent et surtout, crime suprême, en jouant de la guitare comme des cochons. Donc, nous pensions ce type de chanson, avec ses chefs-d’œuvre et ses croûtes, définitivement rangé dans les archives.
En somme, nous avons eu pas mal de chance, à la différence des générations suivantes dont le goût pour le rive gauche peut sans doute s’expliquer par l’indigence de ce qui leur fut proposé en matière de chanson pendant leur enfance et leur adolescence (période de sensibilité extrême à la chanson chez certains), c’est-à-dire pendant les années quatre-vingt, puis quatre-vingt-dix. Pas grand-chose de très conséquent à se mettre entre les oreilles…
Jean-Jacques Goldman, Michel Berger, Francis Cabrel, qui tenaient alors le haut du pavé*, même s’ils furent d’habiles mélodistes, n’ont pas fait preuve d’une folle ambition dans l’écriture des paroles de leurs œuvres. Les ados, attirés par la chanson « de texte » dans ces années-là, durent se tourner vers le néo rive gauche, dont Juliette est la plus emblématique représentante, ou les « grands anciens », pour trouver de quoi satisfaire leur goût pour des « paroles » plus bavardes, plus longues, plus ambitieuses, et qui leurs semblaient nouvelles (!). Leur goût pour ce type de chanson est né d’un manque, et comme chacun sait la nature a horreur du vide.
Gageons qu’aux frontières du rap, du slam, de la musique électro, et de la chanson française, apparaîtra un genre nouveau où de nouvelles générations trouveront leur content d’émotions, comme d’autres l’ont trouvé dans le style rive gauche par bonheur ou par défaut.

Pierre Delorme 

 * Il y avait aussi bien sûr le duo Souchon/Voulzy qui a sa manière donnait à entendre des textes un peu plus conséquents, cependant généralement assez minimalistes et très répétitifs.

4 commentaires »

  1. Chris Land dit :

    Mêmes causes, mêmes effets :
    Je cite : « (…) cependant nous étions bien plus attirés par les chansons aux musiques novatrices, généralement venues d’outre-Atlantique (…) » !
    Je réécoute régulièrement, pour le plaisir, un ou deux vieux Dylan. Ballad of Hollis Brown : deux accords de guitare sommaire + 3-4 notes d’harmonica ; The Times They Are A-Changin’, idem, The Lonesome Death Of Hattie Carroll, pareil…
    Alors si « ON » était bien plus attirés par des chansons aux musiques plus novatrices, je doute… Surtout face à l’argument : « et surtout, crime suprême, en jouant de la guitare comme des cochons », parlant des rivegauchiens, je pouffe. J’ai appris mes premiers accords de guitare en même temps avec Brassens et Dylan, Ferrat et Donovan, et les musiciens rivegauche valaient bien leurs homologues plus exotiques car venus d’ailleurs…
    Pas besoin d’excuses musicales pour parler du traditionnel conflit des générations… (amha)

    • LTG dit :

      Il ne serait pas forcément idiot de lire deux fois (par exemple) les articles pour être certain de bien comprendre le sens des phrases qui y sont écrites, avant de répondre n’importe quoi, sans doute pour le simple plaisir de s’exprimer et de manifester un désaccord systématique.
      Pierre Delorme

  2. Jerry OX dit :

    Aïe, dire que je suis de la génération qui a adoré (à force d’intenses matraquages ?) les Jean-Jacques Goldman, Michel Berger, Renaud et Francis Cabrel pour ne citer qu’eux.
    J’aimais et j’aime encore… est-ce grave Doc’ ?

    • René Troin dit :

      Pas du tout. Bien que de la génération précédente, j’aime beaucoup Francis Cabrel, je ne crache pas sur Renaud, je ne déteste pas entendre Michel Berger quand il passe à la radio. Jean-Jacques Goldman, je n’ai rien contre lui, mais j’ai du mal avec sa voix.
      Sur ce, vous n’êtes pas obligé de me dénoncer auprès de mes deux camarades.

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