AufraySur mon Teppaz, j’ai écouté La Complainte de Mackie par Hugues Aufray. Après avoir participé aux trois 45-tours gravés en 1958 par Bob Aubert et son orchestre typique pour la marque… Teppaz, Hugues Aufray est passé chez Barclay. C’est sur le premier disque qu’il publie sous cette étiquette que se trouve Y avait Fanny qui chantait. Avec ses faux airs de chanson de marin et de la nostalgie à tous les couplets, ce titre adopté par les appelés d’Algérie annonce les futurs succès d’Hugues Aufray. Mais pour l’instant, le chanteur se cherche. Avant que les portes de la gloire s’ouvrent en même temps que celles de Saint-Malo (Je reviens, 1963), il s’essaiera à des répertoires aussi divers que ceux de Serge Gainsbourg (Le Poinçonneur des Lilas), Charles Trenet (Nuit d’hiver) et même Ray Charles (Georgia, que l’on peut écouter à titre… documentaire). Ici, il s’attaque à une œuvre emblématique de Bertolt Brecht et Kurt Weill, La Complainte de Mackie. Les paroles françaises sont d’André Mauprey. Cette version est la même que celle chantée par Florelle dans le film de Georg Wilhelm Pabst, L’Opéra de quat’ sous (1931). Elle s’ouvre sur ces vers : « Sombre est la nuit / Un éclair luit / Un homme fuit / La mort suit. » Damia, Colette Renard, Caterina Valente, Mouloudji et, tout récemment, Georgette Lemaire l’ont aussi enregistrée. Deux autres auteurs ont adapté en français cette Complainte. Boris Vian a choisi de commencer comme ça : « Les dents longues, redoutables / Le requin tue sans merci / Le surin au fond d´la poche / Sans reproche, c´est Mackie. » Catherine Sauvage, Bernard Lavilliers et Enikö Szilágyi l’ont chanté.
C’est avec Jean-Claude Hémery que ça se corse pour Mackie. Il semble que ce traducteur de Brecht ait signé trois versions (au moins) de ce texte. L’une figure dans l’édition de L’Opéra de quat’ sous, parue aux éditions de l’Arche. Au tout début, on lit : « Le requin, lui, il a des dents / Mackie-le-surineur, un couteau […].* » On peut entendre la deuxième – qui commence par « Le requin, quand il veut mordre / Est toujours fier de ses dents […] » – sur l’album Pia Colombo chante Bertolt Brecht et Kurt Weill. La troisième et dernière se trouve sur l’enregistrement de la version de L’Opéra de quat’ sous donnée au Théâtre de l’Est parisien**. C’est Maxime Casa qui chante : « Le requin, lui, quand il chasse / Ses mâchoires sont en sang […]. »
Avec ça, comme si ce n’était pas assez compliqué, plusieurs sites internet proposant des paroles de chansons associent le nom de Pia Colombo au texte de Boris Vian. Alors, en attendant d’éventuelles rectifications et de prochains éclaircissements, disons que dès qu’on s’intéresse à L’Opéra de quat’ sous, ça demande un certain investissement.

René Troin

* Edition de 1959 (source : CRDP-Académie de Paris). Dans l’édition de 1974, le second vers est devenu : « Mais Mackie a un couteau » (source : bert.brecht.be).
** Publiée en 1970 par Jacques Canetti sous la forme d’un coffret incluant trois 33-tours.

Hugues Aufray, La Complainte de Mackie (Bertolt Brecht – Kurt Weill ; paroles françaises d’André Mauprey), 1959.

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