Affiche VaisonMichèle Torr à Vaison ? Lorsqu’elles ont découvert, à la suite de ceux de Philippe Forcioli, Céline Caussimon, Jean Duino, Pauline Paris, Gilbert Laffaille, etc ., le nom de la « petite Française née en Provence » tout en bas du programme de l’édition 2014 du Festival Brassens de Vaison-la-Romaine, « [c]ertaines âmes bien intentionnées (mais totalement improductives) » ont reproché aux organisateurs, parmi lesquels Jean-Marc Dermesropian, à qui j’emprunte les propos entre guillemets, « d’avoir invité une “chanteuse de variété” à une manifestation “culturelle” ». Les mêmes, on le devine, n’ont pas réservé leur place pour le gala de clôture. En revanche, ils ont été nombreux, parmi le public fidèle de la chanteuse populaire (cinquante ans de carrière, pile cette année), à être « séduits par l’ambiance [du] festival ». Ceux-là, « qui ne se seraient jamais déplacés à Vaison pour écouter un “chanteur à texte” », ont promis de revenir l’année prochaine. Et si les responsables du festival en profitaient alors pour effacer la dernière frontière, en proposant un co-plateau Rémo Gary/Nicoletta ? (On se calme ! Ce n’est qu’un exemple…). Le public de cette dernière, dont je vois d’ici (même si Vaison-la-Romaine, ce n’est pas la porte à côté) qu’il n’est plus tout jeune, découvrirait avec bonheur qu’on fait encore des chansons comme du temps de Brel – qui fut si populaire. Et les belles âmes d’il y a quelques lignes, pour peu qu’elles renoncent aux œillères au profit des oreilles, réaliseraient que la “variété”, c’est peut-être plus facile à écrire mais qu’il faut une voix pour chanter ça, que tout le monde n’a pas. On en reparlera.

René Troin

Les Facebookiens peuvent lire en intégralité le « coup de gueule » (daté du 4 juin 2014) de l’organisateur au bout du lien ci-dessous :


9 commentaires »

  1. Dommage que ne soit pas évoqué ce scandale majeur : on n’entend pas Michèle Torr à la radio et à la télévision !

  2. Norbert Gabriel dit :

    Salut
    Il y a quelques années, dix ans pile en 2014, Hervé Vilard a été invité aux Francos de La Rochelle, ses premières, pour son album Cri du cœur (très bien, cet album). C’était dans l’Auditorium qui venait d’ouvrir, très belle salle. Et ce que j’ai trouvé vraiment bien, c’est que « son public », pas vraiment Francos, a été très accueillant aux textes de Jean Genet, Prévert, Duras, Aragon, Dimey, Vian et quelques autres. Si la « variété » peut faire découvrir d’autres pans de la chanson, bravo…

    • René Troin dit :

      Je ne suis pas certain que le public d’Hervé Vilard ait dû attendre ce soir-là pour découvrir Prévert (Les Feuilles mortes…), Aragon (Que serais-je sans toi ?…), Dimey (Syracuse…) ou Vian (Le Déserteur…). Quant au « public Francos », je ne vois pas en quoi il serait plus apte qu’un autre à « accueillir » Genet ou Duras. De plus, un public étant une somme d’individus, tous sont-ils obligés de tout aimer ? En matière culturelle, il est raisonnable d’espérer que chacun est libre de choisir, selon son goût et/ou sa sensibilité.

      • Norbert Gabriel dit :

        Je parlais du public d’Hervé Vilard, qu’il connaisse Les Feuilles mortes ou Syracuse je n’en doute pas, c’est moins sûr pour Cri du cœur ou Un soir au Gerpil… Après le spectacle, devant cette salle excentrée, on s’est attardés avec le public, et ce que je retransmets, c’est ce que j’ai entendu pour la majorité de ceux qui étaient là, qui venaient aux Francos pour la première fois pour la plupart, pour Hervé Vilard, et certains envisageaient de revenir l’année suivante, pour découvrir d’autres pans de la chanson. Quelques mois plus tard, j’ai recroisé Vilard, on a reparlé de Cri du cœur, des fans lui ont écrit pour le remercier de ces découvertes. Donc bravo.

  3. delorme aussi dit :

    Et puis, je ne pense pas qu’on oblige le public du festival à aller écouter Michèle Torr.
    Elle ne dérangera personne, elle ne chante plus très fort.

  4. Chris Land dit :

    C’est en tapant sur un clou qu’il s’enfonce dit le vieil adage « populaire »…
    Bon, les arguments ou plutôt l’argument selon lequel :
    « […] ils ont été nombreux, parmi le public fidèle de la chanteuse populaire (cinquante ans de carrière, pile cette année), à être « séduits par l’ambiance [du] festival ». Ceux-là, « qui ne se seraient jamais déplacés à Vaison pour écouter un “chanteur à texte” », ont promis de revenir l’année prochaine. »
    C’est au nom de cet argument que Les « Vieilles Charrues » sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui, ou les Francos, ou le fameux Festival de Bourges… Du « vu à la télé » avec des noms qui déplacent les foules et remplissent les caisses.
    Qui s’en félicite ?
    Sans doute le même public « populaire » qui a suivi assidument la tournée des anciens des 60’s/70’s/80’s, bien médiatisés…
    Redonner à un public « POPULAIRE », au plus grand nombre donc, la chanson dont on l’a dépossédé au prétexte qu’elle est ringarde ou passée de mode, ou prise de tête ou pas dansante ou pas assez riche musicalement, ou vieille, et bien d’autres prétextes, c’est ce que nous nous escrimons à mettre en mouvement depuis 20 ans que nous organisons bimensuellement des cabarets de chansons (genre Rive Gauche, mais toutes générations confondues !).
    Et, à notre niveau qui est loin d’être celui de Vaison par exemple, on parvient tous les ans à équilibrer sans grosses machineries médiatiques.
    Chacun son credo…

    • René Troin dit :

      Un clou chassant l’autre, j’enfonce le mien. N’avez-vous pas l’impression que les grands (Brel, Brassens…) et les moins grands (Fanon, Debronckart…) de cette chanson que vous aimez, vous les avez connus parce qu’ils ont été largement médiatisés au tournant des années 60, au détriment des Tino Rossi, Gloria Lasso et autres Jacqueline François dont le public s’est alors trouvé « dépossédé » ?

    • LTG dit :

      Je ne sais pas si c’est vraiment dans ce sens qu’il faut dire les choses, je crois plutôt c’est ce type de chanson qui s’est dépossédé tout seul de son public, en refusant de tenir compte de l’évolution de la musique populaire notamment. Si Bernard Lavilliers ne l’avait pas compris, il ferait partie de la cohorte des vieux chanteurs « Rive gauche », amers car « dépossédés » de leur public par les médias, comme vous dites. Bob Dylan serait un brillant chanteur folk des années soixante que ne connaîtraient que certains spécialistes du genre. Et Gainsbourg hanterait les petits lieux en chantant son Charleston des déménageurs de piano ou autre Jambe de bois… Puisque nous sommes dans le « credo », personnellement je crois qu’un artiste doit s’exprimer avec les « outils » de son temps (ou ceux de demain, mais les génies sont très rares !) ou disparaître dans la confidentialité.
      Pierre Delorme

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