ChristopheSur mon Teppaz, j’ai écouté Cette vie-là par Christophe. Le même qui s’est récemment vu frapper d’indignité nationale – du moins dans une France dont Barjac serait la capitale, où Marseille s’appellerait Antraigues et Lyon Montcuq. Et quelle faute a-t-il commise, le dernier des Bevilacqua ? Il a pris de grosses libertés avec le texte de La Non-Demande en mariage. Avec la mélodie aussi, d’ailleurs – mais ça, apparemment, c’est moins grave, aucun des redresseurs de mots n’a relevé, préférant s’en tenir aux seules atteintes au texte sacré. Il faut dire que Christophe n’y est pas allé avec le dos de la guitare, dont il joue d’ailleurs, pour l’occasion, de manière… sommaire. Remplacer « Ma mie » par « Maman »,
« les cœurs » par « les culs » et « au bas » par « au bord », faut avoir de l’audace ou être sous le coup d’un gros coup de fatigue.
Ou alors, c’est le blues, dont Christophe est un amateur éclairé. Aura-t-il, à l’exemple des J.B. Lenoir, John Lee Hooker, Muddy Waters et autres King
(B.B., Albert ou Freddie), voulu broder autour d’une trame « classique » ? Qui sait ? D’autant que dans l’article à la tronçonneuse qu’il a consacré à ce massacre et que l’on peut lire dans Le Coq des bruyères*, Anthony Casanova relève qu’« [e]ntre les couacs dans la prononciation, les improvisations syntaxiques, et les erreurs sémantiques, il n’y a pas moins de 12 coups de surin dans le texte ! » Douze ! Soit autant que de mesures dans un blues de base…
Trêve de plaidoirie, Brassens s’en relèvera d’autant mieux qu’il n’est plus là pour s’en remettre. Alors, on peut peut-être oublier l’offense et s’abstenir de réduire Christophe à Aline. Même si le culte qu’on lui voue du côté des Inrocks est quelque peu exagéré, il a quand même partagé avec Alan Vega, Brigitte Fontaine, Bashung, Erik Truffaz… des aventures sonores qui méritent qu’on leur prête une oreille curieuse. Et cette volonté de sortir des sillons battus, on peut même l’entendre dès ses jeunes années, pour peu qu’on fouille jusqu’au bout des quatre titres de ses premiers 45-tours. On y trouvera Cette vie-là, par exemple, où l’accompagnement est fondé sur des percussions vocales plutôt inattendues derrière une chanson de variétés en 1965. Quant aux paroles, banales à l’époque, elles sonnent aujourd’hui comme une amorce de leçon d’histoire : « Que c’est beau de voir venir le jour /
Que c’est beau de retrouver l’amour / Quand on a pendant seize mois / Vécu cette vie-là. »
Explique, grand-papa, ce que c’était ces « seize mois »

René Troin

* Anthony Casanova, Quand le chanteur Christophe assassine Brassens, sur coqdesbruyeres.fr

Christophe (paroles, musique et interprétation), Cette vie-là, 1965.

3 commentaires »

  1. Chris Land dit :

    Si c’est moi le grand-papa, et donc pour faire le docte, je confirme que c’était à l’époque la durée du service militaire pour cause de guerre d’Algérie…

    • René Troin dit :

      Le service militaire de seize mois datait de 1963 – la guerre d’Algérie était donc terminée. Durant le conflit, il était de dix-huit mois, mais nombre d’appelés ont été « maintenus sous les drapeaux » jusqu’à trente mois.

  2. Norbert Gabriel dit :

    Il me semble (comme disait Brassens) que Christophe est surtout un musicien, et que les paroles sont plus ou moins secondaires. Dans une émission de Levaillant, il y a deux ou trois ans, il développe son point de vue sur une chanson de Leprest qu’il a interprétée, et dans l’entretien, il dit « Où vont les chevaux quand ils meurent », au lieu de « quand ils dorment »… On est dans les mêmes fantaisies que le cul à la place du cœur, ou maman au lieu de ma mie… A moins que ça ne traduise (maman au lieu de ma mie) un trouble mal défini avec sa maman… C’est sans doute un détail, mais est-ce qu’on signe un acte de mariage au bord d’un document ? Avec ce genre de fantaisies, on pourrait bien avoir un de ces jours une hécatombe de chansons revisitées, et pourquoi pas Ferré papiste ?

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