Pochette P GilbertSur mon Teppaz, j’ai écouté Les Yéyés par Pierre Gilbert. Il fait beau, le week-end est long, on peut bien s’offrir une récréation. Remonter très haut dans les souvenirs. Jusqu’au Grenier de Montmartre, repaire des chansonniers* radiophoniques qui, dans les années 60, mirlitonnaient autour de la politique et de l’air du temps. Ça passait sur Paris Inter – la station avait bien changé de nom depuis un lustre ou presque, mais les vieux (de l’époque) s’obstinaient à l’appeler de celui-là. Loin de la capitale, la réception n’allait pas sans son lot de parasites. Les oreilles s’en accommodaient, qui guettaient aux premières notes de piano du générique la présence de leurs favoris. Maurice Horgues, Edmond Meunier, Anne-Marie Carrière et Pierre-Jean Vaillard avaient leur rond de serviette. D’autres, comme Christian Vebel ou Suzanne Gabriello, étaient plus rarement invités à la table (à tous les sens du terme, l’émission accompagnant souvent le repas des auditeurs). Pierre Gilbert, « pensionnaire à part entière du Théâtre des Deux-Anes et du Caveau de la République », jouait dans cette deuxième catégorie. Il s’épanouissait dans le sujet de société. L’un de ses deux grands succès s’intitulait La Femme au volant… L’autre, c’était Les Yéyés. Sept minutes durant, autant dire une vie, alors que leurs chansons dépassaient rarement la minute quarante-deux, l’énergumène s’employait à dézinguer les idoles en jouant à rattrape-moi-si-tu-peux avec une pianiste d’accompagnement, dont le verso de la pochette du 45-tours a porté l’état-civil jusqu’à nous : Fernande Pelot.
« Les idoles / Vous nous cassez les pieds / Les idoles / Allez vous rhabiller / Yé yé yé yé / […] » Fallait vraiment être un croulant d’au moins trente-deux ans pour trouver ça drôle. Tout le monde y passait : Johnny (« Dans sa douleur et sa colère / Y s’roule et s’tape les fesses par terre / Comme un cocker qui a des vers »), Sylvie (« A voir ainsi son Johnny qui se tord / Sylvie se met à hurler à la mort »), Sheila (« C’est sa première surprise-partie / Pour le cas où vous l’sauriez pas / Elle vous l’répétera vingt-trois fois »)… jusqu’à Richard Anthony, Anthony, Anthony, Anthony – non, mon clavier n’est pas rayé, le malheureux en prend pour son grade (de chef de gare ?) à chaque refrain.
L’art du chansonnier consistant à mettre des paroles sur des airs déjà connus, voici la liste de ceux qui ont inspiré Pierre Gilbert : Le Sifflet des copains et C’est ma première surprise-partie (Sheila), Pour moi la vie va commencer (Johnny Hallyday), Il revient et Si je chante (Sylvie Vartan), C’est bien fait pour toi (Les Gam’s), Tous les garçons et les filles (Françoise Hardy), Demain tu te maries (Patricia Carli), C’est ma fête et J’entends siffler le train (Richard Anthony), Si j’avais un marteau (Claude François). Tout est disponible sur YouTube. Parfois même dans des versions plus rares : on peut écouter Pour moi la vie va commencer par Jean-Jacques Debout ou J’entends siffler le train par Hugues Aufray, par exemple. Pour en être sûr, j’ai vérifié. J’ai travaillé pendant la récréation, quoi. Comme aux jours lointains où ce genre de punition avait cours.

René Troin

* A nos lecteurs québécois : les chansonniers de chez nous ne pratiquent le même art que ceux de chez vous.

Pierre Gilbert, Les Yéyés, 1964.

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