Couv lalalalaComme les « magnétophones […] se souviennent de “ces voix qui se sont tues” (1) », internet se rappelle les claviers interrompus. C’est en cherchant à en savoir sur Denise Benoit davantage que la pochette du 45-tours où elle chante Pierre Louki, que je suis tombé sur lalalala. « Chanson française, pop, variété et music-hall » : dès la page d’accueil, cette revue virtuelle annonce les couleurs. Denise Benoit, je l’ai trouvée à la rubrique « Dictionnaire », qui affiche une vingtaine d’autres biographies/discographies, dont celles de Mona Heftre – interprète de Rezvani mais aussi de Trenet – et de Claudine Longet – l’actrice et chanteuse responsable de l’instant de grâce suspendue dans The Party, le film fou, fou, fou de Blake Edwards. D’autres noms flottent sur la page (France Gall, Jean Guidoni, Lio, Corinne Marchand), en attente de textes et d’images qui ne viendront plus…
Le site a vécu de 2006 à 2010, la rubrique « Actualités » date donc un peu, mais pas les autres, empreintes de choix et de partis pris assumés, mais surtout argumentés. Piochez du côtés des « Points de vue » et vous saurez « comment Alain Souchon est devenu le Tartuffe 2008 ». Dans l’un des « Entretiens » de fond, Simone Tassimot revient sur son parcours :  « La première [chanson] qui m’a déterminée à être chanteuse un jour, c’est La Chanson de Margaret de Mac Orlan. Mais la vie en a décidé autrement, parce que c’était en pleine guerre d’Algérie et que je militais ; à cette époque-là, je pensais que faire la révolution était plus important que chanter. » Et sur ses choix d’interprète – de Gainsbourg par exemple : « Exercice en forme de Z ou Les Oubliettes, je trouve cela sublime. C’est donc surtout la première période, ensuite il reste des très belles choses, comme Les Dessous chics, mais ce n’est pas pour moi. »
Pour les « Récitals », les comptes rendus, tel celui de l’hommage à Boris Vian (Paris, salle Pleyel, 23 juin 2009), peuvent s’écrire au boulet rouge : « […] Un autre classique de Vian, Quand j’aurai du vent dans mon crâne, produira à peu près la même impression sur le spectateur : ce qui intéresse vraiment son interprète, en l’occurrence JP Nataf, c’est moins la chanson elle-même, que le petit postlude musical qu’elle autorise, une fois que le texte, cette chose un peu ennuyeuse dont on ne sait pas trop quoi faire, a été chanté. […] »
Plumes acérées tout autant qu’érudites (Didier Dahon, Florence Chapiro, Jérôme Reybaud…), maquette sophistiquée (typographie, code couleur, mur de pochettes de la rubrique « Disques »…), lalalala aurait pu être à la chanson ce que les Cahiers sont au cinéma. Mais le conditionnel passé de la phrase d’avant n’empêche pas que l’amateur tient là plusieurs heures de belle lecture au présent.
Longtemps, longtemps, longtemps après que ses auteurs ne font plus lalalala, leurs écrits vibrent encore sur la Toile. Faites passer.

René Troin

* Léo Ferré, Préface.

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1 commentaire »

  1. Merci René, je découvre moi aussi cette revue que je ne connaissais pas. Il y a incontestablement un style, des partis-pris, du courage, des goûts affirmés (que je ne partage pas toujours), des plumes parfois brillantes, parfois un peu trop intello à mon goût, bref un ton assez rare dans la chanson pour être signalé. L’analyse des rapports du journal Libération avec la chanson est parfaite, l’article sur Souchon suffisamment diabolique pour ressembler à un règlement de comptes, mais enfin ça bouge, ça vit. Je me demande vraiment comment je n’en ai jamais entendu parler auparavant, merci pour cette découverte.

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