Brassens est en nous 2Dans un documentaire consacré à Georges Brassens (1) quelques vedettes de la chanson d’hier et d’aujourd’hui sont invitées à donner leur avis sur tel ou tel aspect de l’œuvre du maître.
On peut y entendre ceux qui l’ont connu, comme Marcel Amont, qui dit ses souvenirs sans frime (2), Juliette Gréco qui dit les siens sans aucune simplicité, ou encore Maxime Le Forestier, qui ne dit pas grand-chose, mais chante parfois Brassens sur scène plutôt que ses propres chansons, ce qui n’est pas idiot. On entend aussi ceux qui ne l’ont jamais approché, comme « l’autre » Juliette, qui donne, au bulldozer, quelques avis définitifs, Christophe, le « chanteur culte », qui s’égare dans ses phrases sibyllines et émues, Alain Souchon, qui, fine mouche, a remarqué que Brassens était un chanteur populaire, et François Morel, chanteur à ses heures, qui en parle joliment, comme l’amateur attendri qu’il fut quand il était encore un anonyme. Nous nous passerons des impressions d’Olivia Ruiz, de Françoise Hardy (nous avons, Dieu merci, échappé au thème astral de Georges !) ou encore d’Audrey Pulvar qui n’a manifestement rien à dire sur la question mais qui était un personnage « incontournable » du microcosme parisien à l’époque du tournage.
Les réalisateurs ont eu aussi la bonne idée de capturer sur le net des prestations d’amateurs, anonymes chantant à la guitare les couplets de celui qui fut « leur » tonton Georges. Des chanteurs, et même un rappeur, de la jeune génération sont conviés également à la fête. Benoît Dorémus par exemple, qui s’essaye, guitare en main, à fredonner Le ParapluieIl m’a bien fallu constater alors qu’il n’y avait pas de grande différence de qualité vocale et musicale entre lui et les anonymes du net.
Au cours du documentaire, où l’on voit des extraits d’émissions et d’interviews, Georges Brassens explique d’ailleurs que chanter comme lui est à la portée de tout le monde. Il avait bien raison, tout le monde peut chanter comme lui. Brassens n’avait pas de qualités vocales extraordinaires, une voix « comme tout le monde » donc, mais il a écrit des chansons extraordinaires, que tout le monde n’aurait pas pu écrire. Je me demande si la plupart des auteurs-compositeurs et interprètes d’aujourd’hui, aux voix si ordinaires, n’écrivent pas, hélas, des chansons très ordinaires aussi ? Ce qui les rend finalement très peu différents des amateurs qui s’affichent sur le net. Le fossé qui séparait le chanteur amateur du chanteur professionnel s’amenuise, du moins en ce qui concerne chanter Brassens. Ce qui est un peu normal puisque, le titre le dit, « Brassens est en nous ». Déjà qu’on avait « tous en nous quelque chose de Tennessee », ça va finir par faire du monde !

Pierre Delorme

(1) Brassens est en nous (2011), un film écrit par Didier Varrod et réalisé par Nicolas Maupied. Une production Program33 avec la participation de France 3. En coproduction avec l’INA.
(2) A la question de Didier Varrod « Brassens et les femmes, qu’est-ce qu’on peut dire ? », Marcel Amont répond sèchement «Rien ! Brassens n’en parlait pas. » Il dit aussi, à mots couverts, que Brassens trouvait ridicule l’interprétation maniérée de Juliette Gréco quand elle chantait Chanson pour l’Auvergnat. « Elle met des intentions où je n’en ai pas mis ! Pourquoi elle chante les crrrooquants ? J’ai écrit simplement les croquants ! » Savoureux !

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