Thierry Romanens au théâtre Marelios, à La Valette. A gauche : Fabien Sevilla (contrebasse). Photo : S. Rivaux.

Thierry Romanens sur la scène du théâtre Marelios, à La Valette (Var), le 12 avril 2014. A gauche : Fabien Sevilla (contrebasse). Photo : S. Rivaux.

Le 12 avril dernier, au théâtre Marelios, à La Valette (Var), c’était comme au cinéma quand on était petits. On ne savait rien de ce qu’on allait voir. Sinon que le titre, Voisard, vous avez dit Voisard… sonnait comme l’une des plus fameuses répliques
– de cinéma, justement – prononcée par Michel Simon, un Suisse. Comme Thierry Romanens qui a posé un moment ses chansons pour se faire porteur des poèmes d’Alexandre Voisard – un Suisse, lui aussi, mais poète, et donc du monde entier.
Porteur à bout de bras : les volumes, rassemblés sur une table en fond de scène, pèsent leur poids. Porteur à bout de voix. Ce mot, « voix », au pluriel on ne le voit pas. Et pourtant il existe quand on joue de la voix comme de la trompette – de la sourdine jusqu’au cri.
Thierry Romanens dit, scande, exhorte, chante, lit comme à un chevet… Avec lui – pas derrière, avec – Format A’3 se joue des étiquettes. Sont-ils post-jazz, post-rock ou bien jazz-rock les membres de ce trio ? Une chose est sûre, Alexis Gfeller (claviers), Fabien Sevilla (contrebasse) et Patrick Dufresne (batterie) sont des bons qui font bloc avec Thierry Romanens.
Quand même, il y a du jazz : le CD, qui fait écho au spectacle, s’appelle ‘Round Voisard – comme ‘Round Midnight (Autour de minuit). Ce n’est pas un hasard. Pas plus que la rencontre entre un chanteur, des musiciens et un poète qui écrit au soir de son œuvre (1) : « Toute une vie d’écriture / De centaines de poèmes jetés en pâture / Au vent et aux frères humains / Résumée en un seul mot / Musique. » 
L’œuvre de Voisard est un touffu bazar dans lequel Thierry Romanens a pris ce qui lui a sauté au cœur et aux tripes. Piochant dans les méditations, les aphorismes, les nouvelles éroticomiques, les poèmes engagés aussi. Car – on en aura appris des choses, ce soir-là –, Alexandre Voisard fut le chantre de la lutte pour l’indépendance du Jura, et le 24 septembre 1978, jour de la création du canton du Jura, une foule, estimée à 40 000 personnes, déclama Liberté à l’aube, torrent de verbe où les mots roulent comme des pierres : « […] J’ai dit AMOUR. J’ai dit LIBERTÉ / J’ai dit AMOUR et les forêts ne cesseront plus / De frissonner sous les haillons durables de l’enfance. / J’ai dit LIBERTÉ et la pierre est riche de sa dureté / J’ai dit LIBERTÉ et le pays redevient / Terre, humus propice au verbe renaissant. / Ma voix parcourt sans fin les vallées. / J’ai dit AMOUR / J’ai dit LIBERTÉ / J’ai dit ce qu’il fallait dire. […] »
A ce moment du spectacle, pour peu qu’on ait vécu les années soixante-dix
(ou septante !), on pense à des artistes qui, acteurs ou partisans d’autres combats, nouaient politique et poétique : Colette Magny, Félix Leclerc, Catherine Ribeiro, Kirjuhel… Thierry Romanens les rejoint. Il est du même souffle. Avec le geste en plus, le geste sûr. Car il est aussi comédien : il lui suffit d’une chaise de profil pour devenir ce voyageur du train Lausanne-Bienne, choisissant pour unique paysage la jolie jeune femme du siège d’en face… Alors, si l’on vous dit Voisard, allez-y voir.

René Troin

(1) Œuvre qu’Alexandre Voisard, 84 printemps à l’automne prochain, poursuit : son livre le plus récent, Oiseau de hasard, chez Bernard Campiche Editeur, date de 2013.

Thierry Romanens et Format A’3, L’Avenir des oiseaux.

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