SunlightsSur mon Teppaz, j’ai écouté Grand Jacques par les Sunlights. En 1966, quelques mois après avoir transformé Le Déserteur et Le Galérien en slows à message, les Sunlights reviennent au rock du temps où ils étaient THE Sunlights et balançaient des instrumentaux empruntés à Dick Dale, quand ils n’accompagnaient pas Gene Vincent ou Moustique en tournée. Donc les guitares reprennent le dessus, et le groupe joue d’audace en gravant Grand Jacques dans une version protopunk – la batterie bastonne et la basse ignore les fioritures – saupoudrée de chœurs périreligieux quand la voix en vient à « Tais-toi donc Grand Jacques / Que connais-tu du bon Dieu ? / Un cantique une image […] ». On se souvient volontiers d’Ange et de leur Ces gens-là (1973) allégé de son dernier couplet (1). Pourtant, à bien y écouter, les Sunlights ont défriché le terrain pour des interprètes de Brel aussi radicaux que The Sensational Alex Harvey Band (Next), Nirvana (Seasons In The Sun) ou Arno (Le Bon Dieu, La La La, Voir un ami pleurer). Or, voilà qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, le groupe n’est pas mentionné dans la liste Wikipédia des interprètes
de Jacques Brel, qui en recense autour de quatre cents. Même si les Sunlights reviendront vite à la veine rétro qui leur a si bien réussi – en allant jusqu’à faire refleurir Les Roses blanches ! –, ils n’en méritent pas moins, pour l’insolence faite à Grand Jacques, un modeste coup de projecteur.

René Troin

(1) Ange s’explique de cette amputation sur la pochette de l’album Le Cimetière des arlequins : « À Jacques Brel, nous n’avons pas osé te prendre Frida. »

Les Sunlights, Grand Jacques (paroles et musique : Jacques Brel), 1966.

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