RIS DONC, PAILLASSE ! (Laugh, Clown, Laugh,1928) de Herbert Brenon.

RIS DONC, PAILLASSE ! (Laugh, Clown, Laugh,1928) de Herbert Brenon/

Il est un paradoxe qui me plonge dans des abîmes de perplexité. Les nouveaux venus
(à grand renfort de promotion) sur le marché de la chanson ne sont généralement pas dotés de voix très puissantes, ni particulièrement remarquables. C’est le moins que l’on puisse dire. Dans le même temps, les divers télé-crochets recherchent la perle rare, The Voice ou La Voix. Un des critères de sélection des concurrents semble être, indéniablement, la puissance vocale. Ici, point de chanteurs aphones à la Daho, Biolay ou Bruni, qui susurrent leur chanson dans le micro, mais plutôt des « hurleurs », façon Pagny ou Fabian.
Dans ces télé-crochets, émissions bidonnées ou pas, le grand public est invité à voter par téléphone (en appelant des numéros surtaxés) pour ses favoris. On considère donc que le public, dans sa grande sagesse, évalue la capacité de ces jeunes gens à devenir chanteurs à l’aune de leurs qualités vocales, notamment la puissance. Comme c’était le cas jadis, quand ne chantaient que les gens dotés d’un bel et bon organe. Au temps où le tonton Bernard se levait à la fin du banquet pour entonner Ris donc, Paillasse !, et la tata Raymonde, Le Temps des cerises. Pour chanter, il fallait du « coffre » et ceux qui n’en avaient pas s’abstenaient, au moins sur le plan professionnel.
Pauvre public ! D’un côté on l’incite à choisir ses héros d’un soir en fonction de leur puissance vocale et d’un autre côté on lui fourgue des « artistes » dont le registre est si étroit que leur voix semble ne pouvoir sonner, ou simplement rester agréable, que sur une petite moitié d’octave. La plupart des notes sont livrées emmitouflées dans un souffle suave et dissimulateur, capté au plus près du micro, tandis que les défaillances de la justesse sont corrigées par Auto-Tune* .
D’un côté on flatte le « bon sens » du public, dont on suppose qu’il réclame « des voix », et d’un autre on lui vend des artistes qui n’en ont pas. Va comprendre…

Pierre Delorme 

 

*Auto-Tune analyse la hauteur (la fréquence) de la voix humaine et la recale si nécessaire en l’alignant sur une gamme (une échelle) de  notes définie à l’avance. Grâce à ce procédé, un piètre interprète peut chanter juste grâce à ce correcteur de fausses notes en temps réel. Quand on pousse les réglages à l’extrême, le traitement, jusqu’ici transparent et naturel, prend un caractère artificiel, donnant à la voix un aspect « métallique » (Wikipédia).

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