Notre génération (celle des années cinquante) a vu apparaître les électrophones bon marché, Teppaz, sur lesquels nous passions nos disques 45-tours et 33-tours. Elle a vu apparaître ensuite la stéréo. La stéréo (d’abord une platine et deux enceintes) est devenue ensuite chaîne hi-fi (une platine, un ampli séparé, deux enceintes, et parfois un tuner), pour laquelle on faisait beaucoup de publicité. Elle devint rapidement un objet de désir. La qualité de reproduction du son prit une grande importance, dans les années soixante et soixante-dix, pour toute la jeunesse, ainsi que pour les « croulants » amateurs de « classique » ou de jazz.

Deux enceintes...

Deux enceintes…

Nous échangions des informations sur les mérites respectifs des marques les plus en vue, rêvant des plus inaccessibles, hors de portée de nos jeunes finances. C’était la période dite des Trente Glorieuses, les progrès technologiques restaient une valeur indiscutable. La consommation battait son plein. Les avancées des techniques d’enregistrement et de reproduction de la musique passionnaient les « fans » de rock et/ou de folk.
Les jeunes consommateurs d’aujourd’hui semblent n’accorder que peu d’importance à la qualité du son des musiques qu’ils écoutent. Le format standardisé mp3 (très compressé, très réducteur) semble leur suffire. Ils n’écoutent pas les chansons qu’ils aiment sur des « chaînes » mais sur leur téléphone portable ou leur ordinateur. Le seul luxe que s’accordent ceux que les chansons ou la musique intéressent plus que les autres, est l’acquisition d’une paire d’écouteurs de qualité. Ce qui, reconnaissons-le, est moins onéreux et moins encombrant qu’une chaîne stéréo, devenue aujourd’hui une curiosité « vintage ».

... et une tour multimédia surmontée de son appendice amovible. Photos : DR

… et une tour multimédia
Photos : DR

Toutefois, l’écoute en « champ fermé » ne favorise guère l’écoute collective et l’ouverture vers l’extérieur… C’est le moins qu’on puisse dire. A voir la publicité pour une plateforme musicale, la musique peut « s’écouter dans le métro, dans l’avion […] », tous endroits où vous risqueriez d’avoir à écouter les autres. On vend, là, la musique pour occuper les oreilles, en même temps que – dans les villes du moins – on vous tend un écran pour les yeux sous la forme de « gratuits d’informations ».
On peut noter cependant l’arrivée sur le marché de nouveaux appareils : barres de son, stations, tours et colonnes multimédias qui peuvent accueillir smartphones, clés USB, cartes SD… Certains de ces appareils en imposent autant que l’une de nos bonnes vieilles enceintes. Vu que les références (tant au niveau des marques que des prix) se multiplient, on tient peut-être, avec ces matériels, les « chaînes hi-fi » qui ne vont pas tarder à faire rêver les ados.
Ces ados (mais pas seulement) qui sont à l’affût des derniers modèles de smartphones, de tablettes, et autres nouveaux « bijoux » de la technologie, que la publicité sait rendre très vite indispensables. Comme le fut pour nous le son stéréo le plus hautement fidèle.
Les objets changent, mais la manière d’en susciter le désir reste la même.

Pierre Delorme et René Troin

 

 

2 commentaires »

  1. Chris Land dit :

    Ah ! la belle époque où des bons potes nous invitaient à venir boire l’apéro et à écouter le dernier Pink Floyd sur leur toute nouvelle chaine B & O…

  2. La belle époque, Chris !!! T’avais des copains sacrément friqués ! Nous, on avait en tout et pour tout un poste de radio avec le tourne-disque au-dessus, pour toute la famille, et ça a duré des années, et tout y passait, Jacques Brel, Hugues Aufray, Petula Clark, Georges Brassens, et puis Mozart, beaucoup. Et j’avoue qu’on ne se posait pas la moindre question sur la qualité du son. On devait ignorer qu’autre chose existait.

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