Photo : Violaine Parcot

Photo : Violaine Parcot

Dans sa Chanson peu académique, Michel Boutet, rendant hommage à Georges Brassens, nous dit que ce dernier ne « tenait pas l’intelligence / des autres pour perdue d’avance ». On pouvait se faire cette réflexion au sujet de Véronique Pestel à l’issue de la prestation qu’elle nous a offerte au Forum Léo-Ferré, à Ivry, le dimanche 9 mars.
Pour son spectacle « Paroles de sages, Femmes de parole », donné au lendemain de la journée qui permet de se souvenir que les femmes ont aussi des droits, elle a opté pour cet exercice difficile qui consiste à mêler des textes dits et des chansons. D’autres artistes s’y sont essayés avant elle, avec plus ou moins de bonheur. Difficile, en effet, car l’exercice se doit d’obéir à quelques critères essentiels : une bonne diction,  un savoir-dire que tout artiste ne possède pas de façon innée, un choix de textes approprié, adapté aux chansons qui viendront les soutenir comme en écho, l’importance accordée à leur longueur, qui peut en se prolongeant épuiser l’attention du spectateur ou le plonger dans l’ennui.
Avec Marguerite Yourcenar, Colette, Simone Weil, Hannah Arendt, Annie Lebrun et quelques autres, nous sommes là en bonne compagnie. Véronique Pestel restitue leurs mots par cœur et avec cœur, agrémentant parfois le propos de quelques pointes d’humour délicat, à la hauteur de l’intelligence des textes. L’artiste et ses auteurs nous convient à un petit tour du côté de la condition humaine, dans son mystère, dans l’esprit rebelle et solidaire, l’unicité des êtres, la mémoire des dignités bafouées, la vulgaire absence de pensée qui mène à la banalité du mal, l’horreur économique et ses foules d’humains tenus pour superflus, le lien nécessaire à la nature et au monde animal… S’accompagnant à la guitare ou plus souvent au piano, Véronique Pestel fait vivre avec grâce ces extraits de textes en interprétant quelques-unes de ses propres chansons et deux beaux poèmes mis en musique, l’un de Liliane Wouters, l’autre de Tita Reut qu’avait chanté Danielle Messia. Un rap antilibéral, Les Marchands, introduit par quelques lignes tirées de L’Horreur économique de Viviane Forrester, vient même se glisser dans le spectacle. Tout cela est à la fois subtil, sensible, émouvant, enjoué. Un hymne à la vie.

Floréal Melgar

2 commentaires »

  1. Pestel dit :

    Merci Floréal !
    Puisse ton silence habité, vibrant et délicat être aussi bien entendu par les autres que tu entends leur parole.
    Véronique

  2. Martine dit :

    J’ai eu le plaisir de voir ce spectacle à Toulouse. Un pur régal des yeux, des oreilles et de l’esprit.

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