C Le RouxEntre autres petites phrases de Jean-Luc Godard, il y en a une, prononcée par Bruno Putzulu dans Eloge de l’amour : « Quand je pense à quelque chose, je pense à autre chose. » Transposée à la chanson, cela pourrait donner : « Quand j’écoute une voix, j’entends une autre voix. » Voilà quelques semaines, j’ai découvert, avec le mini-album de Marie Baraton, quelques chansons en forme de belles promesses. Et en écoutant Marie Baraton, j’ai entendu Claude Le Roux.
Au début des années 70, cette chanteuse brestoise enregistre La Fille de Recouvrance, un titre écrit et composé par Daniel Estève. On dirait du Mac Orlan : « J’ai vu le port de Barcelone / Les bouges d’Anvers et Tanger / A qui m’achète je me donne / Et tant au mousse qu’au gabier / […]. » Et ces mots-là lui vont si bien à la voix que, bientôt, on n’appelle plus Claude Le Roux que « la fille de Recouvrance ». Las ! elle ne chante pas en breton, alors que son disque est sorti chez Noroît, une sous-marque de Kelenn. Cela lui vaut d’être exécutée en deux lignes par Jacques Vassal dans l’édition originale de La Nouvelle Chanson bretonne (Albin Michel/Rock & Folk, 1973), en même temps qu’un autre chanteur qui, lui non plus, ne méritait pas ça : « Kelenn lance Alain Gallet et Claude Leroux (sic), qui sont peut-être bien gentils mais font de la variété française. » En fait de « variétés », Claude Le Roux chantait, entre autres auteurs, Luc Romann et Jacques Debronckart… Mais il faut replacer la sentence de Jacques Vassal dans son contexte. Ces temps étaient purs et durs à tous les coins de l’Hexagone : au sud, on reprochait à Joan Pau Verdier de ne pas toujours chanter en occitan.
La Toile n’est pas plus clémente avec Claude Le Roux : impossible de l’entendre sur YouTube ou sur Daily Motion. Mais le coup de grâce, il est porté par une enseigne qui, naguère, se flattait d’agiter la culture. Si l’on cherche à acheter, via son site, un enregistrement de La Fille de Recouvrance par Claude Le Roux, on apprendra que non seulement la chose est « indisponible » mais encore « périmée ». Cependant, ce verdict péremptoire ne vaut pas péremption pour la chanson ni pour ses interprètes : en 2006, Les Marins d’Iroise ont repris La Fille de Recouvrance sur leur album De la Terre à la Hune. Et, ma foi, ils ont toujours l’air en pleine forme.

René Troin

Claude Le Roux, La Fille de Recouvrance (paroles et musique : Daniel Estève)

Les chansons de Marie Baraton

4 commentaires »

  1. MARCOCCIA Isabelle dit :

    Très belle voix claire et du beau texte aussi.

  2. Chris Land dit :

    Pas tout à fait d’accord concernant la comparaison avec Marie Baraton (que j’ai découvert récemment par Gilbert Laffaille) et dont la voix et l’interprétation me semble plus « émotionnelle » que celles de Claude Le Roux.
    Mais comme le disait un billet de « Crapauds & Rossignols » : les goûts et les grains de voix…

  3. Yves Le Pape dit :

    La Fille de Recouvrance chantée par les Marins d’Iroise avec Gwennyn, une belle représentante de la nouvelle génération en Bretagne :
    http://youtu.be/39l-V0ms99A

    • René Troin dit :

      La Fille de Recouvrance, par Gwennyn et les Marins d’Iroise, illustrait la version « bonus » de ce billet, précédemment parue dans la lettre hebdomadaire de « Crapauds et Rossignols ».

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