Pochette Estella BlainSur mon Teppaz, j’ai écouté Hurlevent par Estella Blain. Elle était belle et comédienne, comme Bardot, mais la Nouvelle Vague l’a boudée. Alors, nous ne l’avons pas vue au cinéma. Ou alors à retardement, le dimanche après-midi, quand la télévision en noir et blanc passait un film de Carlo Rim ou d’André Hunebelle. On se souvient peut-être mieux de la chanteuse dont la silhouette hiératique traversait le plateau de Dim Dam Dom, la tristesse aux basques – comme l’ombre portée de sa vie. Elle interprétait Solitude. Une chanson qui lui ressemblait. Comme lui ressemble Hurlevent. Mettre un livre en chanson, c’est souvent tomber dans la paraphrase. Estella Blain, qui signe les paroles et la musique, n’a gardé que le cœur du sujet du chef-d’œuvre d’Emily Brontë et l’a fait battre au rythme de ses propres tourments. Composant une habile boucle : « […] Connais-tu l’amour de Catherine pour Heathcliff ? / Elle est morte de trop l’aimer / Il a dû pour la retrouver / Attendre seul en âme damnée / Attendre dix-huit longues années / Dans la lumière du jour / Ce clair matin, lorsque tu m’es apparu / C’est vers toi que j’ai couru / Oui couru / Tu m’as demandé / Serrant mes deux mains / Connais-tu l’amour de Heathcliff pour Catherine ? […]. » La mélodie flotte, tel le brouillard sur les hautes terres du Yorkshire, au-dessus d’un tapis de cordes écrites et dirigées par Christian Chevallier (1), un arrangeur qui avait le secret des orchestrations qui vieillissent mieux que d’autres. Ecoutez comme le temps va bien à Hurlevent.

René Troin

(1) On lui doit aussi les violons fantomatiques de La Fille du Nord (la première version, jamais égalée, qui ouvrait l’album Aufray chante Dylan), et Leny Escudero rend un bel hommage au travail de cet orchestrateur dans Ma vie n’a pas commencé (Cherche Midi, 2013), au chapitre consacré à l’album Escudero 71.

Estella Blain (paroles, musique et interprétation), Hurlevent, 1967.

Sur les vies personnelle et artistique d’Estella Blain.


 

1 commentaire »

  1. J’ai eu la chance de faire deux albums avec Christian Chevallier : c’était effectivement un arrangeur exceptionnel, le seul musicien français à avoir reçu le prix Stan Kenton aux USA. Pour la petite histoire, il était aussi l’époux de Franca di Rienzo, chanteuse du groupe « Les Troubadours », et le papa de David Chevallier, aujourd’hui éminent guitariste de jazz. Christian, ainsi que le dit René Troin, écrivait magnifiquement les cordes mais aussi les cuivres (l’arrangement de Toulouse pour Nougaro, c’est lui.) Eclectique, il avait également réalisé les arrangements du premier album de Graeme Allwright.

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