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Un disque et une pochette de légende.
© Parlophone/EMI

Le retour inattendu du disque vinyle* semble faire plaisir aux « anciens ». Certains voient même là une bonne nouvelle, celle qui annonce la réapparition d’un format de disque qu’ils ont adoré dans leur jeunesse. Je les comprends bien, nous n’aimons pas du tout voir disparaître ce que nous avons aimé, c’est un peu disparaître nous-mêmes. Cependant, soyons raisonnables, même si le disque 33-tours vinyle faisait un retour triomphal et définitif sur le marché, remplaçant les autres supports, nos jeunesses ne reviendraient pas pour autant. Et puis, un retour vers le passé peut-il être vraiment une bonne nouvelle ?
Si nous évacuons ce simple problème de nostalgie (pouvant aussi s’étendre à des générations plus récentes, qui fantasment sur une époque qu’ils n’ont pas connue et que leurs aînés magnifient à loisir), reconnaissons qu’il reste quand même un argument en faveur du retour du disque vinyle : la taille de la pochette. Elle permettait un travail graphique important, qui participait de la beauté d’un album, et surtout elle permettait de ne pas s’abîmer les yeux, comme on le fait à présent, en essayant de déchiffrer les minuscules jaquettes des CD.
A ce niveau-là, si l’on compare les mérites du CD et du vinyle, la différence est très significative, et l’on pourrait donc aussi imaginer ne pas changer de support mais conditionner les CD dans un emballage de plus grande taille, avec des textes plus lisibles. Il resterait toujours, bien entendu, la différence (discutable et discutée, ô combien !) de qualité dans la restitution du son, que les « partisans » du vinyle estiment – au moins pour les disques enregistrés jusqu’au début des années quatre-vingt pour ce support spécifique – très supérieure à celle du CD.
Cependant, le problème actuel n’est plus vraiment celui du choix du support mais celui de sa disparition pure et simple, celui de la dématérialisation de la musique enregistrée et des chansons, puisque le CD lui-même semble promis à une obsolescence rapide**.
S’il nous semble aujourd’hui difficile de ne pas acheter un support matériel en même temps que nous achetons des chansons, le problème aura peut-être disparu pour les générations futures, qui, élevées dans un autre contexte, n’éprouveront plus le besoin de posséder un objet comme un CD ou un 33-tours vinyle. Auront-elles, de la même façon, besoin de lire des livres « papier » quand tous les textes seront disponibles sur un écran ? Bien malin qui peut répondre à la question, tant les mutations technologiques sont rapides… et la mutation de nos réflexes de consommateurs aussi. Même les générations les plus anciennes surfent aujourd’hui sur internet et utilisent couramment l’e-mail, les smartphones et autres babioles, dont ils n’auraient même pas imaginé l’existence possible il y a à peine quarante ans.
Qu’il y ait des supports ou non, rappelons aux amoureux du 33-tours vinyle que l’enregistrement numérique et sa diffusion en CD présentent quand même un grand nombre d’avantages. Le prix de revient d’un album a considérablement baissé et être autoproducteur ne nécessite plus un investissement hors de portée d’une bourse moyenne. Les amateurs de chanson ne peuvent que s’en réjouir. Les «  rejetés du système  » peuvent quand même produire des disques et apporter leur contribution à l’évolution du répertoire. Les progrès de la technologie ont mis à la portée de chacun la possibilité d’enregistrer ses chansons dans de bonnes conditions. Le fossé qui était immense entre une production professionnelle et une production amateur a été en grande partie comblé grâce au home studio, par exemple. Pour peu que le support matériel (le CD) disparaisse vraiment, le coût de fabrication baissera encore davantage… Il ne restera plus qu’à ajouter aux chansons des images, puisque aussi bien l’usage très onéreux de la pellicule a disparu aussi, mais ça, c’est une autre histoire.
Vinyle ou CD, nouveau support ou absence de support, la discussion est ouverte, mais n’oublions pas que le plus important reste, au bout du compte, le contenu de ce qui est diffusé.

Pierre Delorme

 * Lire Les supports : face B (rubrique « Réflexion faite »).
** En ce qui concerne la conservation des musiques enregistrées, le vinyle et la bande magnétique avaient l’inconvénient de subir une forme d’érosion à chaque passage, inconvénient qui a disparu avec le CD, dont on ignore cependant la fiabilité à long terme.

2 commentaires »

  1. Michèle Dubromelle dit :

    Mais sans support, comment offrir en cadeau de la musique qu’on a aimée pour la faire découvrir aux amis ? La valeur symbolique et affective du cadeau-objet risque d’en prendre un coup, non ?

  2. Il est vrai que les pochettes de 33-tours sont plus lisibles, plus belles… Mais c’est oublier qu’elles sont également bien plus encombrantes, on les porte difficilement et elles prennent beaucoup de place de rangement.
    Mes murs sont tapissés de cd, et je ne voudrais pas qu’ils le soient de vinyles… Je ne crois pas que le sol de mon appartement pourrait supporter un poids si lourd.
    Mais la première raison qui me fait aimer les cd (et parfois les mp3), c’est la possibilité de sauter des chansons. Il y a presque toujours sur un disque une chanson qu’on déteste, qui nous ennuie ou simplement qu’on a trop entendue (c’est le problème des tubes ou classiques des artistes) !
    Essayez donc de sauter un morceau sur un vinyle…
    Ces dernières années, il y a des albums dont seulement le tiers des chansons m’intéresse… Mais les compils officielles ne sont pas la solution puisque leurs choix sont rarement les miens.
    Par ailleurs, j’ai une copine dont les cd originaux, du commerce, s’effacent progressivement… C’est un phénomène rare, je crois, mais assez inquiétant pour les milliers de cd qui vivent avec moi.

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