StellaSur mon Teppaz, j’ai écouté Si vous connaissez quelque chose de pire qu’un vampire, parlez-m’en toujours, ça pourra peut-être me faire sourire par Stella. D’aucuns l’ont comparée à Zazie. Pourquoi pas, puisqu’elle rivalisait en impertinence avec l’héroïne de Raymond Queneau. Sauf que si cette dernière s’est heurtée aux grilles du métro, Stella, elle, a pu franchir la porte des studios.
Et précoce avec ça. Elle n’avait même pas treize ans lorsque d’une plume féroce elle régla leur compte aux Parents twist (« Ma mère se coiffe comme Sheila (Oh, oh !) / À son âge elle ne devrait pas (Oh, non !) / Et mon père ce qu’il a l’air chose (Oh, oui !) / Quand il met sa chemise rose / Mon Dieu que c’est triste d’avoir des parents twist ! » Ces paroles de Stella Zelcer remontent à 1963. Comme toutes celles qui vont suivre, jusqu’en 1968, elles sont mises en musique par son oncle, Maurice Chorenslup.
Le monsieur et sa nièce vont aussi mettre en pièces la Nouvelle Vague : « L’année dernière à Marienbad / J’étais vraiment à bout de souffle / J’avais trop fait les quatre cents coups / Avec les cousins […] » Ce marabout-bout-d’ficelle se dévide sur fond de jazz remonté de la meilleure cave de Saint-Germain-des-Prés. Car c’est la force de ces pastiches : textes et musiques sont de la même eau pétillante. Ainsi, Un air du folklore auvergnat (1966), « que chantait Verchuren, le Dylan de là-bas », est une bourrée à relents psychédéliques.
Bien sûr quand elle en venait au Cauchemar autoprotestateur ou qu’elle daubait sur les Beatniks d’occasion, du haut de nos quinze ans et sûrs de l’autorité politique que nous déléguaient nos boutons, nous accusions Stella d’être une suppôte de la réaction. Aujourd’hui, forts de la sagesse que confèrent quelques cheveux blancs, nous n’entendons chez elle que saine dérision. Beatniks, Sheila, Mao… les cibles de la jeune persifleuse appartiennent à l’Histoire. Sauf ce vampire, qui pourrait peut-être faire sourire nos petits-enfants de toutes leurs dents de lait.

René Troin

Stella, Si vous connaissez quelque chose de pire qu’un vampire, parlez-m’en toujours,
ça pourra peut-être me faire sourire
(paroles : Stella Zelcer – musique : Maurice Chorenslup), 1966.

Devenue l’épouse de Christian Vander au début des années 70, Stella a chanté au sein des groupes Magma et Offering. On l’a aussi entendue derrière des artistes aussi « contrastés » que Jannick Top, Jacques Higelin, France Gall ou Renaud. Depuis le début des années 90, elle a publié quatre CD. Sa voix a perdu sa gouaille pour gagner en musicalité. En écoutant Stella dérouler les onomatopées qu’elle a posées sur Cavatina, on pense à Christiane Legrand et aux Swingle Singers. La mélodie de Stanley Myers se trouve sur Le Cœur allant vers (Ex-tension, 2004), un album dont le répertoire éclectique inclut aussi Blackbird des Beatles et une version pour voix et deux guitares d’Il n’y a plus d’amandes de Georges Moustaki.

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