78tSur les électrophones Teppaz des années soixante il y avait un sélecteur qui permettait de choisir la bonne vitesse pour passer nos disques, 45-tours et 33-tours (33-tours que nous possédions en moins grand nombre car ils coûtaient beaucoup plus cher). Le sélecteur pouvait aussi être réglé sur 78 tours, un format de disques déjà très ancien et que nous ne connaissions qu’à peine, ou même pas du tout si la naissance nous avait fait tomber dans une famille sans musique et sans phonographe ou pick-up. Certains modèles offraient même une option 16 tours qui n’avait guère d’utilité (1), sauf celle de nous permettre de passer les disques beaucoup trop lentement afin de déformer les voix des chanteurs, ce qui nous amusait beaucoup.
Les Teppaz furent bientôt remplacés par des « chaînes stéréo », avec une platine sur laquelle on pouvait encore choisir la vitesse, mais l’option 78 tours avait cette fois disparu (2).
Avec l’apparition du CD, le problème fut réglé définitivement, plus de vitesse à choisir. Exit les 45-tours et 33-tours de nos jeunesses. Sauf à avoir conservé sa platine, voire son Teppaz, impossible de faire tourner sa collection de disques !
Combien de chansons, d’interprétations, diffusées dans un format, n’ont pas été rééditées dans de nouveaux formats ? Certaines voix dorment à jamais dans la cire des 78-tours, ou même dans le vinyle de 45-tours éphémères. Les cassettes aussi ont disparu. Les changements de support, la disparition des plus anciens d’entre eux, entraînent dans l’oubli nombre de chansons. Aujourd’hui le CD, nous dit-on, est promis à une obsolescence rapide, sans compter qu’on ne sait rien de la fiabilité à long terme de ce support. La chanson (et la musique enregistrée en général) se dématérialise… nos discothèques sans disques flotteront quelque part dans l’abstraction du Net.
La disparition du support matériel pose forcément la question de la transmission des chansons… Peut-être ne se transmettront-elles plus du tout, elles seront simplement consommées à « flot continu », sans plus laisser de trace dans nos mémoires, pas plus que le verre d’eau qu’on remplit au robinet, sans y penser, quand on a soif. On peut se poser la question… tout en gardant suffisamment d’optimisme et de curiosité pour lire la face B (3).

 Pierre Delorme

(1) Les 16-tours sont rarissimes. On en voit de temps à autre dans les salons spécialisés.
(2) A cette époque nous écoutions aussi des cassettes, sur les fameux mini K7, qui ont beaucoup fait pour la transmission des chansons, mais la vitesse de défilement de la bande ne dépendait que de l’état des piles.
(3) « Les supports : face B » (rubrique « Réflexion faite »).

1 commentaire »

  1. Et aussi les cassettes qui avaient été trop (?) jouées et qui se mettaient à « pleurer » comme on disait, ce qui ajoutait un certain charme aux chansons sentimentales !

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