58159595Voici quelques nouvelles de la préparation du spectacle Jean-Roger Caussimon, le vagabond d’automne, dont nous vous avons annoncé, il y a quelques semaines*, la mise en chantier.
Nous travaillons dans un premier temps à l’apprentissage des chansons. Lorsqu’un comédien chante seul une chanson, il suffit de trouver la tonalité qui correspond à son registre et ensuite travailler l’interprétation de la chanson. L’interprétation, c’est-à-dire le phrasé, les nuances et surtout la façon « d’éclairer ou d’éteindre certains mots » comme le disait si bien Yvette Guilbert.
Les difficultés apparaissent avec les chansons interprétées par plusieurs comédiens à la fois. Il ne s’agit pas de construire des polyphonies savantes, mais de répartir les couplets et refrains entre les participants et en tenant compte de la future mise en espace du spectacle. Il s’agit alors de choisir pour chaque chanson, chantée à plusieurs, une tonalité moyenne qui corresponde à toutes la voix en présence. Dans la chanson dite « à texte », comme sont celles de Caussimon, il est toujours délicat de donner à plusieurs voix ce qui est ordinairement exprimé par une seule. C’est un travail long et fastidieux. Notamment pour parvenir à une certaine homogénéité des timbres, des puissances, du style. D’autre part, si l’interprétation individuelle laisse une marge de liberté quant au rythme et à la précision de l’intonation, cette marge disparaît lorsque la chanson est interprétée à plusieurs.
La précision dans le rythme, l’intonation et le phrasé est de rigueur.
Nous aurions pu faire le choix, bien plus simple, d’interprétations uniquement individuelles. Le choix d’interprétations collectives (sous des formes variées) correspond au désir d’accentuer l’aspect théâtral du spectacle et d’intégrer le plus étroitement possible les chansons à la dynamique du jeu des comédiens. Le but recherché est une fluidité entre les scènes jouées et les chansons, afin d’éviter de donner l’impression que les unes sont là pour illustrer les autres. La parole dite et la parole chantée doivent se prolonger l’une l’autre sans hiatus, avec naturel. L’accompagnement musical (guitare et accordéon, deux instruments populaires par excellence) jouera un rôle important dans la recherche de cette fluidité.
Pour le moment, nous avons travaillé notamment Les Comédiens, Si vis pacem,
Mon camarade
et Les Cœurs purs. Bientôt nous nous attaquerons au « monument » Comme à Ostende.**
Je ne sais pas si nous parviendrons complètement à nos fins, mais nous gardons
à l’esprit que l’enjeu principal de ce projet est de restituer la poésie, l’humour et la sensibilité, de la double vie (le théâtre et la chanson) de Jean-Roger Caussimon, magnifique vagabond d’automne.

Pierre Delorme

* Lire « Jean-Roger Caussimon, vagabond d’automne » (rubrique « Éditos »).
** Si nous n’avions eu pour modèle que la seule interprétation de Léo Ferré (compositeur de la musique) nous nous serions sans doute abstenus de nous lancer dans l’interprétation de cette chanson. Fort heureusement les interprétations de Jean-Roger Caussimon lui-même, et celle plus récente d’Arno, nous font paraître cette chanson plus accessible !

1 commentaire »

  1. Plusieurs chansons de Caussimon sont déjà polyphoniques en soi, on y entend diverses voix en même temps, dans un même texte. Une parenthèse vient à l’occasion « saborder » le propos, y ajouter une touche d’humour.
    Il est très fort, Caussimon.
    Je me suis rendu compte que nous étions plusieurs à découvrir Caussimon à travers Ferré, mais à préférer par la suite les interprétations du parolier plutôt que celles du compositeur.
    Les versions par Caussimon sont beaucoup plus sensibles, modestes, et elles se marient à la perfection avec la teneur des paroles…
    Quand on a écrit Comme ou à Ostende ou Mon Sébasto, ces mots plein de compassion et de mélancolie, on est soi-même son meilleur interprète.
    Je ne remercierai jamais assez Saravah de lui avoir permis d’enregistrer six albums studio et deux en public, dont l’indispensable et trop rare Au théâtre de la ville (1978).
    Et merci à Pierre Delorme de monter ce spectacle, que j’aurais bien aimé voir ! Vivement une diffusion mondiale en direct sur Internet !

    P.-S. On me permettra une petite autopub puisqu’elle s’inscrit parfaitement dans le propos. Les Cahiers d’études Léo Ferré ont publié un spécial Caussimon il y a quelques années. C’est moi qui signe le texte central, qui est en fait le texte intégral de ma thèse universitaire sur Caussimon.
    L’aspect polyphonique y est exposé. Je m’autoplagie ici un peu, soyons franc…
    http://editionsdupetitvehicule.blogspot.ca/2013/03/cahiers-detudes-leo-ferre.html

Soumettre un commentaire »