Arnaud Le Gouefflec

Arnaud La Gouëfflec, l’homme au chou dans la tête.
Photo : Tartimex

Savez-vous chanter le chou à la mode de Bretagne ? Non ? Alors, entrez dans l’Eglise de la Petite Folie. Puisque c’est là qu’officie, en compagnie d’autres chantres inclassables (1), Arnaud Le Gouëfflec, le barde barré de Brest. Et effeuillez jusqu’à plus faim l’œuvre du chef de l’Orchestre préhistorique. Piochez au hasard dans ses albums, aux titres plus apéritifs les uns que les autres : L’Affaire Vénus Abitbol, Petite mécanique de nuit, Portrait de l’artiste en génome, Le Bon Temps de la guillotine ou Le Chanteur masqué.
Ce dernier titre m’arrange bien. Il me permet d’en venir au Chanteur sans nom, auquel Arnaud Le Gouëfflec, scénariste pour l’occasion, a consacré un album dessiné par Olivier Balez (2). D’abord, averti qu’on est de l’imagination sans bornes de son biographe, on se dit Album Chanteur sans nomqu’un interprète anonyme, adulé dans les années 1930 et tombé dans un total oubli à l’heure où l’on reporte sur CD des rouleaux enregistrés du début du XXe siècle, c’est trop gros pour être vrai. Et pourtant, c’est vrai et Roland Avellis était gros. Gros pour un chanteur de charme, s’entend. Pas grave : à ses débuts, ça ne se voyait pas, puisqu’on ne faisait que l’entendre. « C’était une idée des gens de Radio-Cité. […] Tous les soirs, je chantais à la demande un succès du moment. J’étais le bel inconnu de 19 h 55. C’était une bonne idée, non ? Le chanteur sans nom […] », raconte le fantôme de l’artiste qui traverse l’histoire en compagnie d’un jeune enquêteur… sans nom (mais qui ressemble beaucoup à
Arnaud Le Gouëfflec). Une idée si bonne que ce rendez-vous radiophonique prévu pour trois mois a duré trois ans. Et que ses admiratrices ont voulu mettre un visage sur le Chanteur sans nom. Si elles ont vu ce visage ? Vous le saurez en lisant la suite des aventures du copain de galères de la Môme Piaf – puis son bouffon quand elle était reine –, du seigneur de l’entourloupe auquel Aznavour voue une amitié éternelle, du malade qui soignait son diabète par le mépris, du toxicomane, de l’étoile d’avant-guerre qui traîna, jusqu’au milieu des années 60,
les ultimes éclats de sa gloire passée dans d’obscurs cabarets de province…
Chanteur, scénariste de bandes dessinées, Arnaud Le Gouëfflec est aussi romancier, peintre, dessinateur, auteur de vrais-faux guides touristiques qui permettent au voyageur « de sortir des sentiers battus sans quitter son fauteuil »… Sinon, comme métier, il fait professeur de français en collège. Bref, Arnaud
Le Gouëfflec est un amateur ! Les amateurs… faudra qu’on en parle.

René Troin

(1) John Trap, La Boîte à ooTi…
(2) Arnaud Le Gouëfflec (scénario), Olivier Balez (dessin), Le Chanteur sans nom, Glénat, coll. « 1000Feuilles », 2011, 120 p.

Pour écouter chanter le chou.

 

Pour écouter le Chanteur sans nom.

 

Pour visiter l’Eglise de la Petite Folie du bénitier jusqu’à la crypte, sans manquer une chapelle.

 

Pour ne rien manquer de la production protéiforme d’Arnaud Le Gouëfflec.

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