Edith Piaf (photo DR)

Edith Piaf (photo DR)

On peut parler « chanson » pendant des heures, écrire des articles, s’essayer à la critique de CD, il y a toujours un moment où les mots manquent pour décrire ce qui est pourtant l’élément essentiel, sans lequel il ne peut y avoir de chanson : la voix.
On peut raconter ce qu’il y a dans les paroles (en les paraphrasant), énumérer les instruments qui les accompagnent, retracer la carrière des interprètes, décrire la jaquette, les photos, etc., mais on ne peut pas raconter la voix. On peut simplement l’affubler de quelques pauvres adjectifs, toujours les mêmes, qui ne nous donnent que bien peu à entendre.
Pourtant la voix est l’élément premier dans la perception qu’on a d’un chanteur ou d’une chanteuse. Si le timbre de voix « gêne », agace ou même irrite, si on ne l’aime pas, c’est rédhibitoire. Les chansons peuvent être extraordinaires, la technique vocale très élaborée, les compositions magnifiques, si on n’aime pas la voix, tout ça ne sert à rien, il n’y a pas de séduction possible et donc pas d’émotion. A l’inverse, si la voix nous touche, les faiblesses de la technique, ou des paroles et de la musique, n’ont souvent plus grande importance, comme si la beauté et le charme du timbre l’emportaient sur toute autre considération.
C’est un peu comme dans les rapports humains, la température est variable. Il y a des gens très bien pour qui nous ne parvenons pas à ressentir de véritable sympathie et qui nous laissent froids. On ne saurait dire pourquoi, cela tient à des riens. Mais c’est aussi pour des riens qu’on peut tomber amoureux.Timbre de voix ou grain de peau, c’est pareil, l’attirance est indéfinissable. Nous restons tributaires dans ce domaine de réactions « épidermiques » qui nous échappent et sont bien difficiles à dépasser.
On peut aussi se demander pourquoi tel timbre de voix parvient, à une époque donnée, à toucher le plus grand nombre (Édith Piaf ou Ray Charles en leur temps, par exemple). Cela reste un mystère que chacun peut essayer de déchiffrer ou de commenter à sa manière. Mais savoir dire pourquoi telle ou telle voix nous touche demeure un exercice bien vain.
On dirait qu’il reste tout le temps un truc qui nous échappe, dans ce qui nous plaît et nous touche. D’ailleurs, s’il ne nous échappait plus, ce truc, ce qui nous plaît nous plairait peut-être moins, voire plus du tout.

Pierre Delorme  

 

5 commentaires »

  1. comte dit :

    Peut-être une histoire d’oreilles. Rien que les noms de labyrinthe et de vestibule, et en plus le marteau, l’enclume et l’étrier (composition primaire de l’oreille plus le reste, j’en passe et des meilleurs…), quel travail pour ajuster tout cela à la voix et à la tessiture de l’élu ou de l’élue !

  2. Robert André dit :

    S’agissant de la voix, je suis d’accord avec vous ; simplement j’ajouterais un autre élément majeur : l’interprétation, plus important aussi que la technique et qui fait qu’on peut être touché ou pas.

  3. comte dit :

    Pour Robert André
    L’interprétation avant tout bien sûr.
    On peut mettre tout son cœur, si la technique ne suit pas, si on ne « s’entend pas chanter »… Plouf…
    Pour autant, ne dit-on pas « il ou elle a de l’oreille » de quelqu’un qui a l’oreille absolue trois étoiles ?

  4. Propos fort juste. Mais plutôt que de voix, je parlerais aussi de manière de chanter…
    Je suis très peu attiré par les chanteuses très théâtrales et maniérées (Juliette Gréco, Barbara, etc.), même si les chansons sont bonnes. Par contre, les voix rauques de femmes (Monique Morelli, Françoise Hardy) me transportent…
    Et il y a les voix enfantines, qui me bouleversent, moi qui ne supporte pourtant pas d’entendre des enfants chanter (pire encore : des chorales !). Les « chuchoteuses », fragiles, me touchent au plus haut point : Élisa Point en tête, Stéphanie Lapointe, Amélie-les-Crayons…
    Mais malgré cela, je dois admettre que je suis peu attentif à la voix, sauf dans les extrêmes (sensualité, cris, maniérisme).
    Piaf, par exemple, je ne peux pas la souffrir.

  5. Bruno Ruiz dit :

    Parfaitement d’accord avec toi, Pierre. Le mystère de la voix dans le corps. Le reste n’est que choix de travail.

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