Picasso, « Mandoline et guitare », 1926.

Picasso, « Mandoline et guitare », 1926.

Les cordes pincées des lyres, luths et autres guitares, furent longtemps les compagnes des poètes, depuis les aèdes grecs jusqu’aux trouvères et troubadours, avant de devenir, bien plus tard, une simple image littéraire, une métaphore de leurs envolées lyriques. « Poète prends ta lyre » dit Hugo, « Poète prends ton luth, et me donne un baiser… » répond Musset, une Nuit de mai.
Bien avant, Pierre de Ronsard (1524-1585) confiait ses peines à sa guiterre :

Ma guiterre, je te chante, 
Par qui seule je deçoy, 
Je deçoy, je romps, j’enchante 
Les amours que je reçoy.
On a vu fleurir aussi la guitare dans nombre de chansons des années soixante. Dans des œuvrettes sans ambition, « Ma guitare s’enflamme de joie / Quand tu es là », chantait Johnny (bien avant d’ Allumer le feu lui-même), ou encore chez le vieux Tino Rossi qui roucoula Le Temps des guitares dans une époque qui n’était déjà plus la sienne. Dans des œuvres de plus haute tenue aussi, chez Brassens par exemple, qui mit en musique Aragon : « Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare », dans Il n’y a pas d’amour heureux.
Les poètes l’ont chanté abondamment, cet instrument populaire, aimé et intime. Aragon encore :
Oh la guitare, oh la guitare en sa gorge est mon cœur enclos
Moi qui ne fus qu’un chien bâtard, je n’ai vécu que de sanglots
Le grand poète espagnol Federico Garcia Lorca (1898-1936), fils d’Andalousie, lui-même guitariste, amoureux de la guitare et du cante jondo (chant profond), musicien à ses heures et ami du grand compositeur Manuel de Falla (1876-1946), nous laissa douze chansons traditionnelles arrangées pour deux guitares*.
Garcia Lorca qui écrivit un jour :
Cuando yo me muera
enterradme con mi guitarra
bajo la arena.**
A cause de la guerre civile espagnole de 1936, sa prière ne fut pas exaucée, mais ses poèmes et la guitare chantent encore.

Pierre Delorme 

*12 canciones de Garcia Lorca para guitarra, enregistrées par Paco de Lucia et Ricardo Modrego en 1965 (CD réédité en 2002 par Universal Music Spain).
**Quand je mourrai/ Enterrez-moi avec ma guitare/ Sous le sable.

Los Reyes de la Baraja (Paco de Lucia et Ricardo Modrego)

1 commentaire »

  1. comte dit :

    Ne pas oublier Luis Llach chanteur catalan qui s’accompagnait [ il a officiellement mis fin à sa carrière en 2006] à la guitare ou au piano.
    Un billet dit « d’humeur » devrait lui être dédié, il le mérite.

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