le-regard-de-Georges-Brassens_portrait_w858Dès qu’il a pu gagner quelque argent, Georges Brassens s’est offert une caméra 16 mm. Ses parents, ses amis, les femmes aimées, ses chiens et chats ou lui-même deviennent alors les principaux personnages des petits films de ce réalisateur improvisé, manifestement moins doué pour le cinéma que pour la chanson, mais dont le regard confirme, lui aussi, la grande simplicité de cet homme à part.
Sandrine Dumarais a réuni quelques extraits de ces films, tournés dans les années 50, dans un beau documentaire* déjà diffusé sur la chaîne Arte et actuellement projeté dans quelques salles de France. Plusieurs parties le composent : la jeunesse à Sète, l’impasse Florimont à Paris, les premiers pas dans la chanson, les copains d’abord. Avant chaque séquence, pour une meilleure compréhension, l’écrivain Bernard Lonjon résume à grands traits les divers épisodes de la vie de Brassens. D’anciens proches du chanteur apportent à ces tranches de vie d’utiles précisions. On apprécie, en l’occurrence, les apparitions à l’écran de Victor Laville, l’ami d’enfance, et d’Agathe Fallet, veuve de l’écrivain et autre grand ami de Brassens René Fallet, dont les témoignages sont empreints d’une émotion certaine. D’autres, comme la journaliste Clémentine Deroudille et François Morel, à qui ces bouts de films sont montrés, font part de leurs réflexions devant ces images qu’ils découvrent. Tous, amis ou témoins, interviennent avec une évidente sympathie ou admiration pour le chanteur, et un naturel dans le propos qui tranche avec les interventions quelque peu maniérées et sans grand intérêt de Juliette Gréco.
Les images tournées par Brassens montrent des parents et un neveu filmés avec tendresse, auprès desquels il s’ingénie à faire le pitre. Puis on découvre la petite cour intérieure du quasi-taudis de l’impasse Florimont, chez Jeanne et Marcel Planche, paradis des chiens et chats perdus où défilent les amis et où Brassens demeurera jusqu’en 1965. Si le dénuement dans lequel ils vécurent tous trois nous apparaît, on retiendra surtout le beau visage de celle que Brassens a rendue immortelle à travers ses chansons, la Jeanne, filmée ici avec beaucoup d’amour. Puis sa caméra s’attarde sur l’ « éternelle fiancée » Joha Heyman, alias Püppchen, et les amis filmés sur les plages de Sète, images humbles et banales de vacances d’un Monsieur Tout-le-monde, alors que Brassens est déjà connu et que, loin de cette bonhomie et de cette simplicité toute naturelles, Saint-Tropez attire déjà bien d’autres gens célèbres mais d’une modestie moins évidente.
Quelques images d’archives complètent ce documentaire, notamment celles d’un spectacle à Bobino où, en presque gros plan, pendant qu’il chante Le Gorille ou La Non-Demande en mariage, le regard et le sourire inoubliables de cet immense artiste crèvent l’écran et nous émeuvent comme jamais.

Floréal Melgar

* Le Regard de Georges Brassens, de Sandrine Dumarais (1 h 15).

1 commentaire »

  1. Ivan Perey dit :

    D’accord avec tout ce qui est écrit ici, y compris sur le témoignage de Gréco effectivement décevant (pourquoi ne pas avoir demandé à un de ses copains encore vivant comme Marcel Amont ?). J’ai vu le film à l’Escurial (13e) un dimanche à 11 h en présence de la réalisatrice qui répondait aux questions des spectateurs après la diffusion. On peut signaler ici qu’il existe un DVD en vente mais qui est plus court que la version actuellement diffusée en salles.

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