Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un des critères d’appréciation des œuvres peintes dans le style dit pompier était la finition. Une œuvre était plus ou moins bien finie, et on l’appréciait en conséquence.
Mais le peintre Degas, qui visitait une exposition, déclara que telle toile ne pouvait être « bien finie » pour la simple raison qu’elle n’était pas commencée ! C’était une bonne réflexion.
Aujourd’hui, dans la chanson enregistrée on peut trouver l’équivalent de cette notion de  fini.images
Généralement on dit que telle ou telle chanson est très bien produite, en signifiant généralement par là que la prise de son et l’arrangement sont de grande qualité. Il existe effectivement un grand nombre de chansons extrêmement bien produites, mais à l’écoute desquelles on peut également se demander, en paraphrasant Degas, si la chanson elle-même a vraiment commencé.
A en entendre certaines d’aujourd’hui et à lire les interviews de leurs « créateurs », on s’aperçoit que le travail d’écriture et de composition est souvent réduit à la portion congrue, et que seule la phase de production semble importante. La mélodie et le texte ne sont plus qu’un prétexte, souvent bâclé, à fabriquer un environnement sonore, « bien produit ».
De la même façon que les peintres pompiers passaient davantage de temps à la finition des détails, qui seuls importaient à leurs yeux, plutôt qu’au sujet et à la composition, la plupart des faiseurs de chansons d’aujourd’hui passent plus de temps sur les détails du son, et divers bidouillages de studio, qu’à travailler la chanson proprement dite, à savoir les paroles et la mélodie. C’est sans doute aussi une des raisons pour lesquelles celles qui entrent par une oreille ressortent par l’autre ou finissent par ne plus y entrer du tout. Et que dans la plupart des cas personne, à part leur auteur, ne les chante.

Pierre Delorme

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  1. Manon dit :

    « La vérité est sous l’épaisseur des mots. Il me faut élaguer, épurer, vérifier, préciser, etc. Avant d’arriver à un texte potentiellement partageable avec un semblant de ma vérité. » Félix Leclerc

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