F. JordanSur mon Teppaz, j’ai écouté Dieu Merci, elle m’aime aussi par Frankie Jordan. Selon le Dictionnaire d’argot de Gustave-Armand Rossignol, publié en 1901, les « dominos » désignent les dents. Et qui possède, dans les grandes lignes, l’histoire du rock américain, sait que Fats Domino jouait du piano. Frankie Jordan aussi. En même temps qu’il poursuivait ses études de dentiste. On ignore s’il jouait en plus aux dominos – et on ne cherchera pas à savoir, c’est déjà assez compliqué comme ça.
Ce dont on est sûr, c’est qu’il aimait également Ray Charles, dont il a adapté, entre autres titres, Hallelujah, I Love Her So. Les paroles françaises sont de Monique Guérin et Jean-Claude Massoulier (qui a beaucoup voyagé, et moi, il est temps que je me repose). Sur scène, Frankie Jordan était soutenu par quatre choristes féminines : les Jordanettes. Un nom qui rappelle celui des Raelets (les choristes de Ray Charles), et peut aussi faire penser aux Jordanaires, le groupe vocal derrière Elvis Presley (mais, là, c’est pur hasard, on s’égare…). Frankie Jordan, lui, savait où il allait. Gardant toujours un œil sur le clavier, il n’a jamais perdu de vue que, selon le Bob – Dictionnaire d’argot, du français populaire et du français familier (1), les « touches de piano » désignent aussi… les dents (2).
Alors, diplôme en poche, Frankie Jordan est devenu chirurgien-dentiste. De sa discographie, qui se concentre en huit 45-tours publiés entre 1961 et 1963,
la mémoire collective a retenu Panne d’essence, un duo avec Sylvie Vartan, toute jeunette à voix de tête. En pianotant sur son ordi, on trouvera d’autres morceaux
pour s’aiguiser les dents en prévision des repas de fête.

René Troin

(1) http://www.languefrancaise.net/bob
(2) Citation à l’appui : « Elle vous biglait à travers un face-à-main, en rejetant la tête en arrière, puis souriait de toutes ses touches de piano aurifiées, une vraie mine, ça représentait un capital. » (Maurice Raphaël, Ainsi soit-il, 1950).

Frankie Jordan, Dieu Merci, elle m’aime aussi (paroles françaises : Jean-Claude Massoulier et Monique Guérin – musique : Ray Charles)

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