Photo : Pierrick Bourgault

Photo : Pierrick Bourgault

Marc Havet demeure sans doute, avec Claude Astier et quelques autres, un cas très à part dans le petit monde de la chanson dite de parole, au point qu’ils en constituent sans doute la marge de la marge. Eternels absents des festivals les plus en vue, des coplateaux-copinages, pas toujours bien vus par leurs collègues de la « scène française de qualité » ou une partie de ce public tout acquis au prêt-à-penser d’une gauche au conformisme pesant, ils n’en continuent pas moins leur petit bonhomme de chemin.
Comme à peu près chaque année à la même époque, Marc Havet était sur la scène du Forum Léo-Ferré samedi 7 décembre. Comme à l’habitude, la salle était bondée, tant il a su, au fil des ans, se constituer un public fidèle à ce rendez-vous. Comme à l’habitude également, il est venu avec une bonne dizaine de nouvelles chansons, sur la trentaine interprétées ce soir-là. Déployant d’année en année la même fougue, la même énergie pianistique, Marc Havet continue d’observer son époque et principalement ses travers pour les traduire en chansons, généralement courtes, qui sont autant de petits tableaux malicieux où sa fantaisie et son humour s’en donnent à cœur joie. A ce titre, on goûtera particulièrement, parmi les nouveautés, Les Nouveaux Vieux et Désolé, je reste !, où se mêlent encore une fois une solide envie de vivre et une insolence bienvenue.
Le gros du public a beau les connaître par cœur, il se régale avec toujours le même évident plaisir des anciennes chansons valeurs sûres que sont Vivre tue, Entre deux guerres, J’veux pas finir au Panthéon, Vacances en banlieue, A mon insu, Rime avec je t’aime ou ce rap avant la lettre qu’est Vols, crimes, traditions. Dans ses nouvelles chansons, on notera que Marc Havet revient sur le thème de la relation amoureuse avec Le Contrat d’union libre, savoureux complément à son succulent Polyamoureux de naguère. Si l’humour demeure un atout essentiel dans les nouveautés proposées, on aura remarqué toutefois, plus qu’à l’ordinaire, une tendance au sérieux, avec quelques chansons où l’auteur dévoile un peu de lui-même et montre qu’il sait faire preuve d’une belle tendresse. Il suffit d’écouter Y’a comme un loup, La Corde pour me pendre ou la très poétique J’ai demandé au vent. Là où certains sujets de société, comme ces récentes manifestations rances contre le mariage gay, pourraient amener certains auteurs à se montrer virulents, Marc Havet a même réussi à composer une chanson, Future maman en colère, toute de générosité, de profonde humanité.
Par le passé, avec quelques chansons comme La Ceinture de flanelle, Le Plombier polonais ou Tous ensemble, Marc Havet, en bousculant et en dérangeant le pieux catéchisme de la chanson « engagée » dans la ligne, avait fait montre d’un réel anticonformisme à l’humour persifleur. Il persévère. S’il fallait à tout prix lui attribuer un qualificatif, et bien que sa chanson soit à bien des égards fort éloignée des grand-messes d’un chanteur officiel de l’anarchisme militant, on pourrait le dire, lui, plus authentiquement libertaire.
La soirée s’est d’abord terminée avec Magique, la chanson hommage au petit lieu du même nom qu’animent inlassablement, depuis des lustres, Marc Havet et sa compagne, dans le quatorzième arrondissement de Paris, qui aura vu passer une foule d’artistes en herbe ou confirmés. Puis, après un faux début de chanson douce, Marc Havet nous a offert un final endiablé avec Y’a une bombe dans mon piano, histoire de faire swinguer le public du Forum une dernière fois avant l’année prochaine, même endroit, même heure.

Floréal Melgar

 

J’veux pas finir au Panthéon
(paroles : Marc Havet et Pierre Dérat/musique : Marc Havet)

 

6 commentaires »

  1. Stéphane dit :

    Sauf que… si Marc Havet sera bien à nouveau au Forum dès l’année prochaine, il y sera bien avant qu’une année calendaire se soit écoulée ! Il y est en effet programmé dès le 22 mars prochain – certes en coplateau avec Yves Uzureau, qui chantera Brassens – mais ce jour-là j’espère bien y être… 😉

  2. HAVET dit :

    Merci Floréal pour ce texte qui me touche beaucoup et m’encourage à continuer. Peut-être finalement que c’est nous la jeune chanson française !
    Le 22 mars, au Forum à Léo, je chanterai mon Trenet, et Yves Uzureau y chantera son Brassens qui adorait l’œuvre de Trenet.
    Dimanche, sur radio FPP, nous faisons une émission avec Christian Deville, Monsieur Chenut et Cabu, de 14 heures à 16 heures. Qu’on se le chante !

  3. B.S dit :

    « Eternels absents des festivals les plus en vue, des coplateaux-copinages, pas toujours bien vus par leurs collègues de la “scène française de qualité” ou une partie de ce public tout acquis au prêt-à-penser d’une gauche au conformisme pesant, ils n’en continuent pas moins leur petit bonhomme de chemin. » Oui, c’est mille fois vrai, mais peut-être aussi parce qu’ils ont un réel talent et sont vus comme une menace par certains collègues plus médiocres. Ils ont une capacité fédératrice très forte aussi, ils ont leurs publics mais on ne peut pas dire qu’ils ont un public dit de gauche ou dit de droite, de telle ou telle classe sociale, c’est leur force. Ce sont des artistes qui se renouvellent aussi et, pour le cas Marc Havet, ne pas oublier qu’il a donné sa chance à toute une foule d’artistes eux aussi atypiques qui s’en sortent pas trop mal ma foi : Barbara Carlotti, Nicolas Bacchus, Jann Halexander, Nicolas Duclos, Emilie Marsh, Clémence Savelli, qui représentent d’autres courants de la chanson dite « chanson française ». Marc Havet est un chanteur hors des chapelles, des clans, c’est peut-être en cela qu’il dérange… Bravo pour cet article magnifique qui remet les choses au point…

  4. DREANO Michel dit :

    Bravo Floréal pour cet excellent article ; lequel pointe un nouveau bond, à la fois qualitatif et quantitatif, dans la progression artistique de Marc Havet, auteur francophone, jazzman et homme de spectacle chaplinesque. Désopilant personnage qui ose désormais fendre l’armure et assumer sa tendresse.

  5. J’y étais, je confirme !

  6. Dominique dit :

    Merci Marc, c’est tout ce que j’ai à dire.

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