casquette-ghetto-fabulous-gang-ghetto-fabulous-gangcasquette-style-gavroche-laineCe que l’on avait coutume d’appeler chanson engagée, dans les années soixante-dix, semble avoir disparu du paysage de la chanson
« de parole ». C’est vrai qu’elle était souvent empreinte de démagogie et de facilité,
bien qu’elle ait été parfois aussi le reflet de préoccupations sociales sincères et l’expression d’indignations légitimes. Comme chez Colette Magny, Catherine Ribeiro ou François Béranger, dont l’engagement, qui n’avait rien d’opportuniste, pourrait bien être la cause de leurs trajectoires chaotiques dans un business qui a du mal avec les expressions sincères.
Il serait vain de chercher aujourd’hui ce genre de préoccupations chez les chanteurs trentenaires ou quadragénaires qui ont accès aux médias, et même chez ceux qui n’y ont pas accès mais jouissent d’une bonne renommée hexagonale auprès des amateurs de chanson. On trouvera toutefois, à titre d’exception, chez Frédéric Bobin (Singapour), Frasiak (M. Boulot) ou Govrache (Le Bleu de travail),
le début d’une veine ouvriériste déjà exploitée par Renaud (Son bleu), auquel Govrache emprunte également sa casquette de titi.
On dirait que le réalisme du quotidien, les difficultés des « petites gens », et le sentiment d’injustice sociale sont allés se réfugier chez les rappeurs, autres grands amateurs de casquettes, mais d’un autre style et à l’envers. Si les chanteurs en vogue, ex-trentenaires gémissants à la Delerm, Bénabar, Belin, semblent ne pouvoir s’intéresser qu’aux drames existentiels de la petite bourgeoisie et aux états d’âme de jeunes couples sans passion, en revanche les rappeurs, qu’ils soient sincères ou déjà manipulés par le business, nous parlent, à leur manière, du monde qui les entoure, de la violence des rapports sociaux, et de l’injustice qui les régit.
On peut bien sûr considérer que le rap n’est pas de la chanson, et pourtant… il en a les attributs principaux : la rime, la répétition, la métrique, les jeux avec le rythme. Il ne lui manquait que la mélodie. On la voit qui commence à pointer son nez chez certains rappeurs, notamment sous forme de refrain, comme dans les chansons traditionnelles où le couplet était récitatif et le refrain plus mélodique et rythmique, donc plus facilement mémorisable.
Il n’est pas interdit de se demander si les rappeurs ne sont pas en train de réinventer la chanson en récapitulant son histoire, comme  l‘ontogenèse récapitule la phylogenèse* (un mot savant de temps en temps, ça ne peut pas faire de mal !), ce qui, après tout, est peut-être un bien.

LTG

* Phylogenèse : histoire évolutive d’une espèce ou groupe d’espèces.  Selon Ernst Haeckel, biologiste et philosophe allemand, « l’ontogenèse récapitule la phylogenèse » : la formation de l’embryon récapitule l’histoire évolutive de l’espèce. (Wikipédia)

 

2 commentaires »

  1. Je ne veux pas faire de la « réclame » pour des artistes que je manage, mais vous devriez écouter Clémence Savelli. Après cela dépend de ce que l’on entend par l’expression « chanson engagée ». Le Lyonnais cap-verdien Bruno-Michel Abati, que je ne manage pas mais qui est un ami, exprime également des engagements.

  2. Jerry OX dit :

    Ce qui est amusant quand je vous lis, c’est que Renaud qui, il y a 25 ans, a été considéré comme un chanteur de variétés ultra-commercial (ce qui était vrai le concernant) est aujourd’hui qu’il ne chante plus considéré comme faisant partie de la grande de famille bien sérieuse de la chanson (un divertissement avant tout !!). Courage, dans 20 ans Bénabar sera réhabilité !
    Bon, je vous charrie un peu sur la forme, mais sachez que j’apprécie votre blog.

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