YaourtIl arrive que la pire des œuvrettes, pour peu qu’on lui prête une oreille aiguisée, vous porte au bord du vertige métaphysique. Je te survivrai, par Jean-Pierre François*, par exemple… J’en entends déjà qui ricanent, et pourtant ils n’auraient jamais dû l’abandonner avant le quatrième couplet, cette scie agaçante. Ils auraient entendu ceci : « Je te survivrai quelque part en toi. »
Et aujourd’hui, ils pourraient m’aider à comprendre… J’admettrais, sans réfléchir plus loin, « Je survivrai quelque part en toi » : « Je » étant mort, et « Toi » toujours vivante, « Je » survivrait en elle, durant qu’elle visionnerait un film de Jean-Luc Godard, ou bien que, debout chez Carrefour, elle hésiterait entre deux saveurs de yaourt – pour citer deux moments extrêmes, mais parfaitement plausibles, du quotidien de « Toi », que je ne connais pas. Mais il y a ce « te » qui me tarabuste : Si « Je » survit à « te », c’est que « Toi » est morte, et « Je », alors, ne peut plus survivre en « Toi ». Car même si, comme on le devine, « Je » se passera du Mépris sans dommage, il lui faut tout de même un yaourt de temps à autre pour tenir.

René Troin

* Dans le rôle de l’interprète. Paroles et musique sont de Didier Barbelivien.

7 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    Il est vrai que parfois le surréalisme poétique explore des concepts tellement porteurs d’innovations que nous avons du mal à nous plonger dans ces abysses vertigineux de création langagière… Je me comprends… quoique…

  2. mf- Comte dit :

    La séance de « psychanalyse grammaticale » du mot à mot est épatante.

  3. Michel Boutet dit :

    Ah, tous ces messages injustement mal compris !… Tiens, par exemple, Alain Barrière : « Ma-a-a vi-i-ie… J’en ai vu des amants !… » Qui s’est jamais soucié de rendre grâce à ce chanteur pour ce courageux, et précurseur, coming-out ?
    P.S. Monsieur Troin, n’allez pas imaginer que c’est le titre de votre billet qui me fait écrire ces choses.

  4. DALICHOUX dit :

    Moi avant de survivre en toi, j’aimerais comprendre le lien avec le yaourt qui lui se périme.
    Puis-je me périmer en toi (yaourt) ?

  5. Dans la même veine paradoxale, on aura également admiré : « Je te mangerai crue si tu ne me reviens pas », pour quoi j’ai une tendresse particulière. Roda-Gil, tout de même…

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