Delphine Coutant (ici au Terrain Neutre Théâtre, à Nantes, le 11 janvier 2013). Photo : Chantal Bou-Hanna.

Delphine Coutant (ici au Terrain Neutre Théâtre,
à Nantes, le 11 janvier 2013).
Photo : Chantal Bou-Hanna.

Le hasard des programmations
a propulsé Delphine Coutant, quelques jours après son passage aux Rencontres de la chanson francophone de Prémilhat (Allier), sur la scène du Forum Léo-Ferré, le vendredi 8 novembre. Elle en ramenait ses propres chansons, bien sûr, mais aussi une petite colère, après qu’un chroniqueur
a vu en elle, lors de ce festival, l’une de ces bécasses de la scène au répertoire post-adolescent et dont la beauté serait le seul véritable atout.
Ceux qui suivent cette artiste depuis Alouette, son premier CD, en 2002, savent évidemment qu’il n’en est rien.
Delphine Coutant est une artiste touche-à-tout. Violoniste de formation, après avoir goûté à la danse et au dessin, elle s’est essayée avec réussite à d’autres instruments, au point d’assurer elle-même les arrangements de son troisième album, La Marée, où pouvaient s’entendre piano, guitare, batterie et autres curiosités sonores. Elle est allée faire un tour du côté du théâtre, qui veut bien parfois s’intéresser à la musique. Puis on l’a vue grimper dans les arbres avec son violon pour y présenter Le Concerto perché. Manifestement très proche de la nature, Delphine Coutant délaisse régulièrement le spectacle ou les studios pour s’adonner à son activité de paludière, du côté de Guérande.
Seule en scène au Forum, Delphine Coutant s’accompagnait ce soir-là au piano, pour nous entraîner dans cet univers très personnel, très intime, qui reste le trait dominant de ses chansons, dont la plupart émanaient de son quatrième et dernier CD paru, La Parade nuptiale. S’il y a de la mélancolie et de la nostalgie dans nombre de ses chansons, on y décèle aussi la détermination d’une femme de caractère dans ce qui relève de la relation à l’autre (Grands chevaux). Le propos est délivré avec une diction parfaite et d’une belle voix, avec une évidente sensualité que viennent souligner par moments des gestes gracieux de la main que libère le clavier.
Il est évident que ce que présente Delphine Coutant relève bien plus de la chanson intimiste, de l’état d’âme et des sensations que de la chanson à message, au sens où on l’entendait dans les années 60. Ici, pas de mini-meetings entre les chansons, pas de ces engagements chantés qui font s’exclamer haut et fort les convaincus à l’issue du dernier couplet. Ce qui ne l’empêche nullement de rendre un bel hommage à sa Tisserande, à la fois femme et ouvrière.
Pas étonnant, dès lors, que l’univers de Delphine Coutant, tout d’images poétiques ou elliptiques et non de vérités assénées, puisse laisser indifférents ceux-là qui sont restés enfermés à l’intérieur du dernier des cabarets rive gauche le jour de sa fermeture définitive, et qui aujourd’hui encore en cherchent – mollement – la sortie.

Floréal Melgar

Liserons et orties (paroles et musique : Delphine Coutant).

5 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    L’avantage de découvrir un/e artiste par un album, c’est qu’on n’a pas l’influence de l’image, et le charme agit sans être parasité… Et j’ai été charmé par les qualités musicales de Delphine Coutant, autant que par sa poésie fine et élégante. Il y a quelques années, Manon Laframboise, on devine d’où elle vient, avait fait un album dans ce style, Esthétique du chagrin d’amour, très élaboré musicalement, assez inclassable selon les critères des codes-barres – c’est un mélange de musique élisabéthaine, de musique sacrée, de chœurs classiques…

  2. POMMIER Marc dit :

    Ah voilà comme j’aime de très beaux articles comme celui de Floréal !
    Sur scène, je ne connais que le talent de Delphine quand elle « complicie » Michel Boutet, et ce n’est pas mince ! Elle a des tas de sources d’inspiration, elle est gracieuse… Ses chansons, je connais grâce à ses albums, je n’ai pas encore La Parade nuptiale. Ce côté intime est développé avec sensibilité et intelligence.
    Mais Floréal ton commentaire est fort juste et ta plume n’a pas couru inutilement sur le papier.
    Vive la diversité !

  3. Michel TRIHOREAU dit :

    Bravo !
    Voilà bien comment on déforme un compte-rendu en colportant des affirmations tendancieuses. Je suis le chroniqueur impliqué et je n’ai à AUCUN MOMENT dit quoi que ce soit de cette nature à propos de Delphine Coutant. Mon propos reflétait une tendance qui attire les jeunes artistes attirés par les sirènes du show-business. Je n’ai peut-être pas été assez clair ; mais mon trait d’humeur ne la visait pas particulièrement ni personnellement.
    Je n’ai pas cité Delphine dans mon article, parce que je n’ai pas été touché par sa prestation et c’est mon droit, même si je reconnais ses qualités artistiques, mentionnées par Floréal que je n’ai cependant pas vu à Prémilhat. Les non-dits chez moi ne sont pas des sous-entendus.
    Elle a pris pour elle ce qu’elle a bien voulu interpréter entre les lignes en grossissant le trait, elle a eu tort. Les commentaires ont emboité son pas, parfois haineusement, provoquant jusqu’ici des ricochets.
    Je suis responsable de ce que j’écris, pas de ce que vous croyez lire.

    • Résumons : Michel Trihoreau assiste à un festival de chanson où plusieurs jeunes femmes sont programmées. Lorsqu’il en rend compte, il commence par ce qui l’a visiblement agacé. Voici ce que cela donne : « Même avec la plus belle voix qui soit, même avec une jolie partie musicale, je n’arrive pas à accrocher aux chansons molles, à celles qui parlent à la première personne et qui portent le trouble infantile de gamines découvrant la vie. Je sais que bon nombre de confrères, rencontrés dans divers jurys, sont avant tout sensibles au charme féminin qui se dégage de l’interprète, plus qu’à ce qu’elles expriment, souvent sur un même registre. Aussi, la scène est-elle aujourd’hui envahie de jolies filles sympathiques et talentueuses mais, en dépit du plaisir superficiel offert aux yeux, fort ennuyeuses. Leur art est parfait pour une chanson au gré d’une playlist sur une radio, mais redoutable pour un concert. » Si aucune des jeunes femmes programmées lors de ce festival ne correspond à ce tableau particulièrement déplaisant, on voit mal ce qu’il vient faire ici. C’est donc qu’au moins l’une d’elles lui a inspiré ces lignes. Ce qui est confirmé par la phrase qui suit immédiatement son trait d’humeur : « Heureusement, un coplateau a l’avantage d’éviter ce pensum et dimanche 3 novembre, à Prémilhat, on regrettait en revanche que ce fut si court pour certains », ainsi que par un commentaire que Michel Trihoreau a cru bon d’ajouter à son article : « J’ajoute que les jeunes femmes incriminées ici ne l’étaient pas en tant que femme, mais en tant qu’artiste. » Plus loin, dans son article, le chroniqueur nous dit que quelques-unes desdites jeunes femmes, que cette fois il nomme, méritent une certaine attention et qu’il espère les revoir. Qu’en conclure ? Ce qu’en a conclu avec raison Delphine Coutant elle-même, l’une de celles, avec Lise Martin, que Michel Trihoreau n’espère pas revoir. C’est ce que j’en ai moi-même conclu.
      Notez bien que Michel Trihoreau a parfaitement le droit de ne pas aimer ce que fait Delphine Coutant. Il pouvait, me semble-t-il, l’écrire très simplement, sans avoir recours d’emblée à ce détour très désagréable, qui plus est en rendant compte d’un festival qui précisément ne nous a pas habitués à programmer ces jolies bécasses sans intérêt que la télévision nous propose jusqu’à satiété et qui correspondent tout à fait à son propos.
      Il est amusant de constater que le chroniqueur signataire d’un papier particulièrement polémique puisse s’offusquer des réactions qu’il entraîne, et assez décevant de le voir avancer des arguments aussi faibles et un peu honteux pour tenter de convaincre qu’il n’a pas écrit ce qu’il a écrit. C’est bien de vouloir être responsable de ce qu’on écrit, et non de ce que le lecteur croit lire. Mais dans ce cas, il faut être clair.

  4. Dalichoux dit :

    Moi je suis tombée sous le charme.

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