images (3)La jeune chanteuse Buridane m’avait aimablement envoyé son cd, Pas fragile, avec un petit mot qui disait : « J’ai peur que ma musique ne vous plaise pas, mais j’espère que vous porterez un œil attentif aux paroles retranscrites dans le livret. »
J’ai passé outre, j’ai écouté le disque, et bien m’en a pris. J’ai lu le livret aussi, et bien m’en a pris encore.
Buridane joue de la guitare et s’exprime dans un phrasé quasiment parlé/chanté, au long de mélodies peu marquées. Le timbre, tout en douceur, de sa voix légèrement voilée et enregistrée au plus près, s’impose au fil de l’écoute d’une manière un peu hypnotique, mais sans monotonie. Elle est parfaitement accompagnée dans cette aventure par Pierre Jaconelli, le réalisateur de l’album, aux guitares, basse, claviers et programmations diverses, ainsi que par David Granier à la batterie et par Thomas Bloch, qui nous donne le plaisir de réentendre les ondes Martenot et le cristal Baschet. La guitare rythmique reste cependant l’instrument de base dans l’accompagnement de ces chansons.
Les textes de Buridane balancent encore entre deux âges, l’enfance n’est pas loin (Quand je serai une fille), mais les difficultés de l’âge adulte pointent leur nez (Jusqu’où petite, La Caillasse). On y découvre une sensibilité très fine, un peu tourmentée et un goût certain pour la sonorité des mots, sans emphase littéraire. L’idée de la déchirure, de la rupture, est très présente et on pressent chez cette jeune chanteuse ce que Félix Leclerc appelait la « grande blessure dessous l’armure » (Le Tour de l’île). Elle est finalement peut-être plus fragile que ne voudrait le laisser entendre le titre du cd, et c’est ce qui fait toute la force de ses chansons.
Dans Rapport à, la chanson magnifique qui clôt ce bel album, construite sur l’anaphore « Je parle de », elle résume son propos et dresse la liste de ce qui nourrit ses chansons. Elle termine par ces vers : « Je parle seule / Je parle pour rien / Je parle pour vous peut-être / Je parle en disant “je” /  J’ai rien trouvé de plus honnête. »
Quand un album se termine sur ces mots, on se dit que, au-delà de la voix et de la musique, c’est peut-être la sincérité (une denrée rare dans ce domaine) qui en fait toute la richesse.

Pierre Delorme

Buridane, Pas fragile, Believe Recordings, 2012.

1 commentaire »

  1. Voilà un titre réjouissant qui prouve que la chanson française est toujours aussi vivante. Cela me pousse à découvrir l’album.
    Je pense qu’il y a toute une jeune génération inspirée, talentueuse, créative qui nous offre des chansons aux textes bien écrits et musicalement intéressantes. Ces artistes n’ont malheureusement pas accès aux médias ou à une grande diffusion discographique.
    Que « Crapauds et Rossignols » nous les fasse découvrir est presque une œuvre de salut public. Merci à vous.

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