France triste

Illustration : M.-F. Comte

La réédition de l’intégrale des enregistrements studio et en public de Nino Ferrer ne saurait aller sans son corollaire obligé. Comme on pouvait s’y attendre, on lit ici ou là (plutôt là, d’ailleurs, vu qu’ici je m’apprête à soutenir le contraire) qu’il est dommage que la mémoire collective ne retienne, entre deux cents et quelques titres, que deux classiques (Le Sud et La Maison près de la fontaine) et une poignée de pochades « néo-yéyé ». Voire. Lorsque Mirza est arrivée, en 1965, les yéyés en étaient à livrer sans grande conviction leurs ultimes adaptations (Frank Alamo, Sing c’est la vie). Ronnie Bird et Antoine occupaient la scène. Dutronc (Jacques) et Polnareff se préparaient en coulisse. Après Mirza, Nino Ferrer a confirmé avec Oh ! Hé ! Hein ! Bon !… avant d’exploser avec Le Téléfon. Mais dans le même temps, si ma mémoire auditive ne me trahit pas, il a quand même connu de jolis succès avec Je veux être noir ou Le Millionnaire qui n’incitaient pas à la grosse poilade. Sérieuses ou pas, ces chansons trouvent leurs sources dans les musiques de prédilection de leur interprète : le jazz, le blues et le rhythm and blues. Qui ont eu leurs comiques : Slim et Slam, Louis Prima, Cab Calloway…
Il y a pires modèles. Serait-ce que la France n’aime plus l’humour ? A voir les « amuseurs » qui tiennent les grandes scènes et le petit écran, l’humour le lui rend bien.

René Troin

2 commentaires »

  1. Norbert Gabriel dit :

    Chacun ses albums cultes, j’ai découvert un peu tard Métronomie, mais c’est mon album culte de Nino… Comme tout le monde ou presque j’avais Le Sud, et La maison… tops radio-télé obligent, et c’est 10 ou 12 ans après sa sortie que j’ai eu le choc avec Métronomie, qui reste un des CD squattant la chaîne…
    Cab Calloway a été un amuseur un peu spécial, dans ses pochades au Cotton Club. La bonne société blanche s’amusait des pitreries musicales, mais s’ils avaient compris l’argot des Noirs dont Cab usait avec malice, ils auraient un peu moins rigolé… Dans le genre, Memphis Slim a fait très fort : au cours d’un concert un ambassadeur ou un consul US, qu’il n’aimait pas, lui demande un morceau, aussitôt le musicien lui dédie une composition « spontanée », If You See Kay, le type est ravi. S’il avait épelé les 4 mots du titre en phonétique, il aurait moins ri… (rapporté par David McNeil).

  2. Comme pour beaucoup d’artistes, il faut pas mal trier avec Nino Ferrer, mais personnellement je n’ai jamais été fou du Téléfon et autres drôleries. En humour, je préfère les récits, les situations que les jeux de mots qui s’empilent.
    L’humour, je vais le chercher chez Renaud, David McNeil, Souchon, Pierre Louki, Brigitte Fontaine, même Caussimon (Le Gauchisme à la mode). Brassens, bien évidemment, mais surtout pas Le Pornographe ou Fernande, qui m’ont bien vite barbé.
    Pour en revenir à Nino Ferrer, ses grands disques sont surtout rock et/ou désespérés : Métronomie en tête, Nino & Leggs, Blanat, Ex libris dans une moindre mesure…
    Mais surtout d’immenses chansons méconnues et pas du tout rigolotes : Ma vie pour rien, La Rua Madureira, C’est irréparable, Pour oublier qu’on s’est aimé, L’Inexpressible, etc.

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