De gauche à droite : Romain Didier, Yves Jamait, Jean Guidoni, à La Bouche d'air, Nantes, le 8 octobre 2013. Photo : Chantal Bou-Hanna

De gauche à droite : Romain Didier,  Jean Guidoni, Yves Jamait, à La Bouche d’air, Nantes, le 8 octobre 2013.
Photo : Chantal Bou-Hanna

Inauguré au théâtre Antoine-Vitez d’Ivry-sur-Seine en septembre 2012, le spectacle-hommage « Où vont les chevaux quand ils dorment ? », consacré à Allain Leprest, mis en scène par Gérard Morel et interprété par Romain Didier, Jean Guidoni et Yves Jamait, était présenté les 9 et 10 octobre à l’Alhambra, à Paris.
Les interprètes ont fait le choix de ce qu’on trouve de meilleur parmi les titres écrits par celui qu’ils chantent, se partageant au mieux les chansons qui leur correspondent. Force est de reconnaître que Romain Didier dans SDF ou Sur les pointes, Jean Guidoni dans
J’ai peur ou C’est peut-être, Yves Jamait dans
Saint Max et Le temps de finir la bouteille, par exemple, servent avec talent ces belles chansons. Une remarque : Y a rien qui s’passe, dont la phrase-titre était interprétée par son auteur avec un certain dépit rageur illustrant au mieux, par contraste, l’universel ennui du quotidien là où rien n’arrive jamais, eût été peut-être plus à sa place dans la bouche d’Yves Jamait que dans celle d’un Romain Didier trop sage pour l’occasion. Ce qui n’empêche en rien ce spectacle de rester à ce jour ce qui s’est fait de mieux parmi ceux, trop nombreux et pas toujours heureux, consacrés à cet auteur disparu il y a deux ans.
De belles trouvailles de mise en scène ajoutent à notre plaisir, comme cette longue banquette rouge de fond de scène transformée le temps d’une chanson en avenue Louise-Michel, sur laquelle se balade Yves Jamait. Les guitares  de Thierry Garcia et l’accordéon de Philippe Mallard, discrets mais efficaces, offrent un heureux complément au piano très présent de Romain Didier.
A intervalles réguliers, entre deux chansons, un texte enregistré retraçant le parcours artistique d’Allain Leprest est lu par des enfants qui butent sur les mots compliqués. On se dit que l’exercice va peut-être, sur la durée, devenir un peu lassant, mais il présente finalement l’avantage d’atténuer quelque peu les passages où domine une certaine emphase, ce piège redoutable des « hommages rendus à… », dans lequel est parfois tombé l’auteur de celui-là. Sans dénier le qualificatif de poète à celui qu’on célèbre, était-il vraiment nécessaire que Claude Lemesle – c’est lui, l’auteur – se livre à son tour à cette étrange manie de jouer les Madame Irma de la chanson à texte en prophétisant : « Tu [Allain Leprest] as été, tu vas rester, avec Bob Dylan, le plus grand auteur de chansons du XXe siècle » ?
En lever de rideau, Pierre Lebelâge, une sorte de jeune Brassens de Perpignan prometteur, qu’on aimerait voir enfin autrement que dans ces premières parties auxquelles il semble condamné en région parisienne, est venu proposer cinq chansons qui, sans surprise, ont beaucoup plu au public. La soirée commençait bien, et elle a tenu ses promesses.

Floréal Melgar

1 commentaire »

  1. Norbert Gabriel dit :

    L’air accablé de Romain Didier dans « Y a rien qui s’passe » est aussi une option intéressante, et d’accord pour ce qui s’est fait de mieux en hommage…

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