qualite (2)On l’a d’abord appelée « chanson à texte », puis « chanson française de qualité », elle est devenue ensuite « chanson de paroles »,
et aujourd’hui « chanson non formatée ». Sous ses diverses appellations, elle est passée des feux de la rampe glorieuse des cabarets parisiens et des music-halls à ceux moins prestigieux des Maisons des jeunes et de la culture, des centres associatifs, avant de finir dans la marge, dans ces « îlots » qu’on dit de résistance.
De minuscules festivals en « fête à… », elle vivote à présent chez l’habitant, dans les « chant’Appart »…
Chanson « à texte » ou « de paroles », c’est bien sûr une appellation abusive.
Une chanson ne saurait être privée de paroles, faute desquelles elle deviendrait musique instrumentale. Quant au fait d’être « non formatée », personne n’a jamais défini ce fameux format, fantasme repoussoir des amateurs de « chanson de qualité ».
La qualité, parlons-en… Celle de l’air, on la mesure, on a les critères qu’il faut. Mais la qualité d’une chanson…
Il y a des chansons pour tous les goûts et toutes les circonstances. On les entend, on les écoute, ou encore on les danse, on les chante ou on les braille, seul ou en chœur. On sait bien que certaines chansons ne sont faites que pour le plaisir du rythme et de la danse, et que d’autres sont plus ambitieuses sur le plan littéraire ou simplement dans le sujet qu’elles évoquent. Mais chacune dans son genre peut être réussie ou ratée, ça n’est pas une question de nature, plutôt une question de justesse par rapport à son ambition initiale.
Cependant, l’amateur de chanson « de qualité » considère, par cette appellation même, que celles qui ne sont pas de son goût en sont privées. Il adore les unes autant qu’il déteste les autres. Ce qui peut nous faire penser à cette phrase de Pierre Bourdieu, philosophe et sociologue (énervant), auteur notamment de La Distinction (1) : « Le goût [est] presque toujours le dégoût du goût des autres. »
Heureusement, il a dit « presque », ça laisse une petite brèche dans laquelle les amateurs de chanson de paroles pourraient avoir la bonne idée de s’engouffrer. Courons-y vite !

LTG

 (1) Pierre Bourdieu, La distinction – Critique sociale du jugement, Les Éditions de Minuit (1979). 

2 commentaires »

  1. Frédo dit :

    Salut
    Beau billet tout neuf, merci pour elle.

  2. Morel Françoise dit :

    « Il y a des chansons pour toutes les heures, pour toutes les humeurs, pour toutes les circonstances. Il y en a pour le roi et la reine d’Angleterre et pour le fossoyeur du coin, pour la cuisinière et pour le ministre, pour le juge et pour le malfrat, pour feu Einstein et pour l’idiot du village. Espèce de commentaire permanent à l’existence sous toutes ses formes, la chanson est partout chez elle. On chante aux baptêmes, aux noces, aux enterrements. On chante au réveil, à midi, le soir sous la fenêtre d’une quelconque mégère, on se fait tuer en chantant, la victoire en chantant (elle aussi) vous referme la barrière dessus, et l’on vous chante un requiem quand vous êtes mort. »
    Boris Vian, En avant la zizique.

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