Pochette Laffaille« Pourquoi ces moineaux / Pour qui ces lilas / Ce soleil dans l’eau / A quoi bon tout ça / Le vent les roseaux / Tout parle de toi / Pourquoi ces moineaux / Si tu n’es plus là ? » Qui d’autre que lui aurait l’élégance de chanter sa douleur sur une musique légère ? C’est sûr : Gilbert Laffaille, dont on était sans nouvelles chansons depuis 1999, est de retour. Ses douze nouveaux titres vont comme la vie : du jour à la nuit. Le jour réveille les colères
(« A vous Ali et Mamadou / Tombés à Lens ou à Nancy / A vos enfants venus chez nous / A qui l’on dit : « Partez d’ici ! »)  ; en appelle aux consciences (« Mais réveillez-vous ! / Que faut-il en vérité ? / Les marchés sont fous / Les ressources limitées / Nous perdons le nord / […] Tout est à réinventer !) ; mais ouvre aussi de paisibles parenthèses (« Je suis bien au Jardin des Plantes / Sur un banc assis au soleil / Quelque chose une odeur de menthe / Me revient d’un lointain sommeil »). La nuit, elle, ramène l’Absente, à qui ce disque est dédié (« Je t’écris d’une chambre rose / Comment te dire que je t’attends ? / Ai-je rêvé toutes ces choses / Ou regardé passer le temps ? »). Les vers sont brefs chez Gilbert Laffaille, les mots comptés, l’adjectif rare, autant que les détails chez les peintres impressionnistes. Il les chante comme on se confie, à voix de proximité. Et les rythmes sont d’une variété qu’on aimerait rencontrer plus souvent chez les auteurs-compositeurs-interprètes, ces artisans de la chanson qui tiennent à assurer tous les postes de travail. On entend ici de la bossa-nova, du reggae, une valse, du jazz… Dommage que les arrangements ne rendent pas toujours justice aux mélodies. On aurait aimé partout la sobriété instrumentale d’Homme en boubou femme en sari, aux fines percussions, ou de La chambre rose où la contrebasse joue au premier plan. Au lieu de quoi, comme souvent, piano et guitare, dès qu’ils arpègent de concert, ont du mal à ne pas se marcher sur les cordes. Mais ce n’est qu’un petit bémol, comparé à ce refrain : « Nous sommes nous dans nos rêves. » Ces mots-là sonnent comme une évidence ? C’est vrai. Mais il a fallu un chanteur pour nous la faire entendre. Et pas n’importe quel chanteur.

René Troin

Gilbert Laffaille, Le Jour et la nuit, Trafikom Musik / L’autre distribution (1 CD +
1 livret 16 p.)

Le Chant du voyageur, chanson extraite de l’album, que nous avions choisie pour illustrer cet article, a été supprimée à la demande de la production.

3 commentaires »

  1. POMMIER Marc dit :

    Bonjour la compagnie !
    J’aime l’écriture de Gilbert ! Un style particulier que René vient d’évoquer ! Nous avons cette chance d’avoir une multitude de plumes diverses et confirmées ! Qu’elle est belle notre langue !

  2. J’ai été confrontée sur mon site au même problème de demande de suppression de publication d’une chanson de Gilbert Laffaille par sa production. C’est dommage, il faudrait que les producteurs (trices) comprennent qu’on ne publie pas une chanson pour nuire au chanteur, mais au contraire pour donner envie aux lecteurs d’en connaître plus, voire d’acheter le CD. Personnellement je ne copie jamais de CD, mais combien de CDs j’ai achetés après la découverte d’une chanson sur le Net… plusieurs centaines !!!

  3. Bien. Je crois utile d’entrer dans la discussion avec quelques précisions: il y a une législation qui autorise la diffusion libre sur internet d’extraits musicaux de 30 secondes. C’est la loi, ce n’est ni moi ni mon producteur qui l’avons faite. Une chose est de reprendre un titre ancien ayant déjà été mis en ligne par l’artiste ou sa production sur Dailymotion, Youtube ou Spotify , car ces sites payent des redevances aux ayants-droits, pas très élevés certes: pour vous donner une idée celui qui paye le mieux est Spotify qui verse 60 € pour 10.000 téléchargements… Par ailleurs comme vous le savez sans doute, depuis six ans les ventes de disques ont chuté de 70% mais les coûts de fabrication sont bien restés les mêmes, c’est à dire très élevés. On peut comprendre l’agacement d’un producteur de voir que des titres circulent déjà en intégralité sur le net (donc très aisément copiables par les petits malins de l’informatique) alors que le CD n’est pas encore en magasin et que les coûts de production et de fabrication ne seront amortis, s’ils le sont, que dans un an ou deux. Avant de jeter l’anathème il faut comprendre le point de vue de chacun: sans mon producteur Margaret Lanclos Traficom Musik je n’aurais jamais pu faire ce disque. La question corollaire qui se pose est de savoir si les blogs, comme celui-ci, qui n’ont aucune vocation commerciale et aucun autre but que de partager une passion avec leurs abonnés, sont des medias comme les autres et donc assujettis aux mêmes contraintes. Ce qui est sûr c’est que la toile fourmille de diffusions non autorisées et que régulièrement les multinationales « font le ménage » à coups d’interdiction et de fermetures de sites via leurs avocats, c’est pourquoi vous ne trouverez pas facilement d’extraits de grandes vedettes telles que Souchon, Cabrel, Lavilliers, etc, car les maisons de disques les interdisent. Il est clair que « Crapauds et Rossignols » en diffusant une des chansons de mon nouveau CD n’a cherché qu’à me faire de la publicité et non pas à me nuire ;), il est clair aussi que mon producteur ne va pas se lancer dans une procédure contre ce site géré par des amis. Ce malentendu aurait pu être facilement évité si l’autorisation de diffusion avait été demandée, car elle doit l’être même auprès d’un auto-producteur (ce qui n’est pas mon cas). En effet en dehors de l’aspect paiement de droits d’auteur il y a aussi en France (et heureusement, car ce n’est pas le cas de tous les pays) un droit moral. Je peux ainsi m’opposer à ce qu’une de mes chansons soit diffusée par exemple sur un site qui ne me convient pas et dont je ne partage pas les valeurs. J’espère ne pas avoir été trop long, que ces précisions seront utiles à tout le monde et qu’elles permettront à chacun de bien mesurer les enjeux car si le numérique est un outil formidable c’est lui aussi le responsable du grand marasme économique subi par les artistes et les petits producteurs qui se comptent désormais sur les doigts d’une main. Amitiés à tous!

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