Da Dou Ron RonPour les amoureux de la chanson de qualité, il est une vérité qui ne souffre plus la moindre discussion : au temps des yéyés (tiroir générique dans lequel ils rangent indifféremment Vince Taylor et Sheila, dédaignant pour le coup de séparer les torchons des serviettes), au temps des yéyés, donc, des paroliers à la chaîne bourraient de premiers mots venus des tubes importés d’Amérique.
Les propos de Georges Aber, interrogé par Jacques Leblanc, dans le numéro 321 de Jukeboxmagazine, les amèneront-ils à nuancer leur verdict ? D’abord, explique l’auteur de Fiche le camp, Jack (Richard Anthony),
de Dans le temps (Petula Clark) ou de Je me bats pour gagner
(Frank Alamo) : « Les paroles du rock doivent être simples, ce qui ne veut pas dire faciles, et encore moins simplistes […], et toucher en trois minutes leur auditoire avec quatre vers de base essentiels. Ils doivent danser sur du binaire, il n’est donc pas question de poésie ! » Lucide et honnête, le bonhomme, non ? Puis, s’attardant sur la genèse de Da Dou Ron Ron, un succès des Crystals qu’il a adapté pour Johnny Hallyday,
il ajoute : « Curieusement, [Johnny] veut un texte dramatique sur cette chanson plutôt légère. Je suis perplexe, allez rendre dramatique une onomatopée pareille ! Puis j’ai l’idée de prendre comme thème une de perdue, dix de retrouvées. J’imagine le vécu d’un gars qui a un chagrin d’amour, mais qui fait comme si de rien n’était vis-à-vis de ses copains, avant de s’écrouler en rentrant chez lui. »
Pas sûr que certains textes jaillis de la plume de grands-de-la-chanson (pas de noms, surtout, pas de noms !) aient été aussi mûrement médités.

René Troin

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