J’ai lu récemment la complainte d’un chanteur, inconnu ou presque, qui essaie, écrit-il, d’exercer ce métier depuis trente monnaieans. Son absence de réussite est imputable, selon lui, aux médias. Il s’estime censuré, purement et simplement interdit d’antenne. Pourquoi pas, c’est peut-être vrai ? Mais, le soir même, je lisais dans l’autobiographie de Johnny Cash, ceci : « Ce fut vraiment un merveilleux jour que celui où je reçus des mains de Marion Keisker mon premier chèque de royalties. Le montant était minuscule – 6,42 dollars, je crois – mais pour moi c’était comme si on m’offrait des millions. Peut-être n’aurais-je bientôt plus à faire semblant de vendre des réfrigérateurs, ni à prendre aucun boulot dont je ne veuille absolument pas ; peut-être, à la fin de l’année, pourrais-je payer le loyer de cette petite maison que nous occupions, Rosanne et moi […]. Peut-être, et seulement peut-être, allais-je réussir à en vivre ! (1) »

Je dirais bien à ce chanteur malheureux de méditer cette leçon d’humilité de Johnny Cash. On n’essaie pas de faire ce métier contre son gré, on choisit. Et chanter professionnellement n’est pas un droit. Rien n’est dû, on tente sa chance, c’est tout. Peut-être, et seulement peut-être, on réussira à en vivre.

Pierre Delorme

1. Johnny Cash (avec Patrick Carr), Cash – L’autobiographie, Le Castor Astral, coll. « Castor Music », 2013.

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