Le petit jeu des chansons de mon cœur

BeloteAu petit jeu des chansons « de son cœur » publiées régulièrement sur Facebook, chacun y va de son commentaire dithyrambique sur telle ou telle chanson. Les superlatifs et les déclarations énamourées à leur auteur pleuvent. Les certitudes absolues aussi. On écoute (ou réécoute) alors la chanson et on la trouve parfois assez banale ou même pas très bonne. Et on se demande comment un amoureux déclaré, voire éclairé (!), de la chanson peut avoir un goût aussi peu sûr et comment il peut écrire des bêtises pareilles sur une chanson. On finit par se dire que la chanson, fût-elle de qualité, est aussi variée et diverse que la chanson dite de « consommation » et que les vessies qu’on prend pour des lanternes ont de beaux jours devant elles. Mais on peut se dire aussi que les lanternes des uns sont les vessies des autres et inversement. Il n’y a ni objectivité ni vérité dans ce domaine, n’en déplaise à ceux qui pensent la détenir.
La seule chose sur laquelle on peut peut-être tomber d’accord, c’est la sincérité des émotions ressenties par les uns qui portent aux nues des chansons qui frôlent le ras de pâquerettes pour les autres. Nos émotions sont aussi diverses et variées que les chansons elles-mêmes. Et, comme du Capitole à la roche Tarpéienne, du ras des pâquerettes au firmament, il n’y a finalement pas si loin que ça. Cependant, les émotions, même si elles sont considérées comme indiscutables, sont quand même étroitement liées à la culture et aux connaissances, qui varient beaucoup d’un individu à l’autre, y compris chez les amateurs de chanson. De là, les nombreuses « prises de bec » et autres incompréhensions au petit jeu des chansons « de son cœur », qui se confondent souvent avec leurs auteurs, parfois idolâtrés et parfois détestés.

Pierre Delorme

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La chanson pêchée à la ligne

Je sais vous me direz
Que je parle du chant
Et que ce que je chante
Ce n’est que des chansons
Quelque chose, à coup sûr,
De moins haut que le chant.
Moi, je vous répondrai
Qu’on chante ce qu’on peut,
Que pour chacun le chant
Est cela qu’il se chante,
Qu’une simple chanson
Peut emmener très haut,
Que la moindre chanson
Peut guérir l’univers
Aux yeux de qui la chante,
Qui d’elle a fait son chant.
(Eugène Guillevic)

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Tu vas la fermer, Françoise ?!

Je dois l’avouer, j’ai été de ces innombrables adolescents troublés qui auraient aimé prendre la main de Françoise Hardy à l’époque où elle observait tristement tous les garçons et les filles de son Astrologieâge s’en allant deux par deux et les yeux dans les yeux, quand de son côté elle déambulait seule par les rues, l’âme en peine. Oui, je le reconnais, j’eusse aimé être celui-là qui, à la fin de sa chanson L’amitié, viendrait chez elle pour chauffer son cœur à son bois, et plus si affinité. Mais je vous rassure, ça n’a pas duré très longtemps car des Anna Karina et une foule d’actrices américaines ou italiennes sont venues fort heureusement me faire oublier la demoiselle délaissée. Françoise et moi nous sommes donc séparés à l’amiable après une courte, très platonique et très virtuelle vie commune, ce que l’avenir ne m’a jamais fait regretter, ses centres d’intérêt et les miens n’étant guère conciliables.
Côté chanson, d’abord, son filet de voix et la banalité de ses textes pouvaient difficilement rivaliser longtemps avec ce qui allait intéresser, voire passionner, nombre de jeunes gens de ma génération, les Brassens, Ferré, Brel, d’un côté, ou les Dylan, Beatles ou Stones, de l’autre.
Côté vie en société, l’engagement personnel me paraissait devoir peser davantage sur la réalité et mon propre parcours que l’attente d’une conjonction Pluton-Saturne en Capricorne pour espérer une vie meilleure. « Les pavés s’entassent et les flics qui passent les prennent sur la gueule » me parlait bien plus à 20 ans que les élucubrations zodiacales de cette Madame Soleil de la variété.
Côté vie privée, j’ai toujours préféré nettement ces artistes qui, comme le troubadour de Sète, ne montrent leurs organes procréateurs qu’à leurs femmes et leur docteur plutôt que ceux-là qui, comme elle, ont vendu constamment aux gazettes leurs états d’âme, leurs époux, amants et maîtresses, leurs rejetons et leur bulletin de santé.
Aujourd’hui que la dame ne chante plus mais que la perspective de ne plus faire parler d’elle effraie, Françoise Hardy semble avoir rejoint les rangs de ces « grands témoins de notre temps » qui nous laisseraient désemparés, s’imaginent-ils, si leur avis sur tout et n’importe quoi venait à nous manquer. Ainsi, par exemple, a-t-on dû partager le désarroi de cette femme du monde de droite face au très bolchevique ISF qui allait l’empêcher de vivre seule dans un huit-pièces parisien. Mais c’est surtout dans la rubrique nécrologique vacharde ou pour le moins malséante que mon ennemie de la rose (au poing) paraît vouloir s’illustrer désormais. A la mort de Leonard Cohen – un tout petit par rapport à elle ! –, n’a-t-elle pas cru bon de déclarer sans rire que le Canadien mélancolique n’avait pas été un bon mélodiste ? Et puis dernièrement, le jour même de la disparition de la chanteuse belge Maurane, voilà que la Françoise se lance hardiment dans des considérations scabreuses sur le physique de la défunte, en un moment où la simple décence commandait bien sûr qu’elle ferme sa gueule.
Mais peut-être suis-je à mon tour un peu méchant. Après tout, qui peut savoir si le cynisme et la bêtise de la dame ne sont pas dus à son « ciel de naissance » ?

Floréal Melgar

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 crapaudf

Floréal Melgar Cofondateur de Radio Libertaire. Animateur du Forum Léo-Ferré pendant dix ans.
 

Pierre Delorme Auteur-compositeur-interprète. Professeur à l'Ecole nationale de musique de Villeurbanne. 
 

rossignolfRené Troin Expert chanson sans assurance.

 



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LTG

Absents le temps d’un long week-end studieux, les trois gars n’ont pas voulu laisser leurs lecteurs sans nouvelles. Aussi en ont-ils écrit trois, inspirées par une ou des chansons de leur choix.

LTG

Durant la période dite trêve des confiseurs les trois gars furent mobilisés sur le front grand-parental,  une bonne excuse pour ne plus rien écrire, manger des chocolats et laisser tomber les lecteurs. Cependant, honteux de leur attitude cavalière, ils décidèrent de donner quand même un peu de lecture à leurs hôtes, sous la forme de trois contes de Noël. Trois contes dans lesquels vous retrouverez les aventures de Mingus et Younsouna, de Johnny-au-disque-d'or, et de Balthazar Brassens, Melchior Ferré et Gaspard Brel.  Les personnages et les situations de ces récits étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite, il va sans dire...

Pierre Delorme

C’est Pierre qui a commencé en m’envoyant deux vers et en me mettant au défi d’en tirer une fable. Il faut dire que le nom du site poussait vers ce titre à la La (ah ! là là !) Fontaine : « Le crapaud et le rossignol ». Je m’y suis donc collé. Après quoi (coâ) Pierre s’est pris à son propre jeu. Et Floréal ? Il a fini par sortir du bois (où chante le rossignolet) pour aller droit au but.

René Troin