"On n'engueule pas un océan" (Kurt Tucholsky)

Photo DR

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C’est pas tous les quatre matins qu’une jeune pousse de la chanson de qualité, fût-elle un clone parfait de Renaud le Jeune, se fait insulter par une harpie dans une émission de télévision. C’est dommage, ce genre d’incident nous donne l’occasion d’écrire un article ou deux sur le site. Mais les crapauds et les rossignols ne sont pas très loquaces ces derniers temps, vous l’aurez remarqué, ou non… Il faut dire que nos meilleurs « ennemis », les amoureux transis de la CFQ, la ramènent un peu moins eux aussi, ils faiblissent, comme nous. Ils nous donnent moins d’occasions de croiser le fer… L’âge qui avance, la peur de la redite et la diminution de l’enthousiasme doivent y être pour quelque chose.
On pourrait bien entendu se pencher sur les problèmes d’héritage dans la famille Hallyday, c’est encore du domaine de la chanson, mais bon, avouons que cette affaire ne nous touche pas beaucoup.

Non, l’enthousiasme est absent. Il faut dire que l’ambiance générale ne s’y prête pas beaucoup. Dans notre petit domaine, mis à part quelques jeunes réjouis tout heureux de faire part de leurs dates de « tournée » ou de la sortie d’un album sur les réseaux sociaux, tout le monde fait la gueule, et il y a de quoi. Les dictatures s’installent doucettement mais sûrement dans de nombreux pays, et pas des moindres : la Russie, la Chine… ça fait du monde et ça fait peur. Les droites extrêmes poussent comme des champignons dans cette Europe où le populo commence à se demander si on ne se fout pas un peu de sa figure en plus de lui bouffer la laine sur le dos. Ça fait du monde aussi, et peur tout autant.
Non, rien ne va bien, alors les chansons de qualité ou de merdre sont devenues un sujet de préoccupation un peu plus lointain, pour ne pas dire dérisoire. Que pèsent les malheurs des « méconnus » de la chanson poétique et les injustices du showbiz en regard d’une barque de migrants qui chavire ou d’un gosse de dix ans qui joue avec un caillou dans la boue au pied des barbelés ?
Si l’on veut entendre des âneries sur la chanson, il suffit d’écouter la radio et certaines émissions où l’on invite des « artistes » consacrés et célébrés… Il se dit bien des bêtises sur ce sujet où l’on parle de vessies comme s’il s’agissait de lanternes. Ce matin, j’ai même entendu parler des « fulgurances » de Dominique A., par charité je tairai la phrase (ou le vers) d’une rare platitude citée en exemple. Il serait donc dommage d’en rajouter dans la connerie et d’en donner à lire encore davantage sur un site comme Crapauds et Rossignols. On risque de vite manquer d’humour.
Je travaille en ce moment sur les chansons de Kurt Tucholsky, un journaliste, chansonnier et écrivain allemand des années 20. Témoin de la remilitarisation de l’Allemagne et de la tournure que prenait la vie politique allemande dans ces années-là (et on sait sur quoi cela a débouché), il a mis en garde ses compatriotes, par des articles, des chansons et des proses diverses. Puis il a fini par baisser les bras, impuissant. « On n’engueule pas un océan », a-t-il dit. C’est pas drôle, mais c’est bien vrai.

Pierre Delorme

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La chanson pêchée à la ligne

Je sais vous me direz
Que je parle du chant
Et que ce que je chante
Ce n’est que des chansons
Quelque chose, à coup sûr,
De moins haut que le chant.
Moi, je vous répondrai
Qu’on chante ce qu’on peut,
Que pour chacun le chant
Est cela qu’il se chante,
Qu’une simple chanson
Peut emmener très haut,
Que la moindre chanson
Peut guérir l’univers
Aux yeux de qui la chante,
Qui d’elle a fait son chant.
(Eugène Guillevic)

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Les chansons à « prétention poétique » ou les impensés de Rebecca

J’ai entendu sur France Inter une certaine Rebecca parler de Philippe Katerine (non pas le grand guitariste de jazz Philip Catherine, mais l’histrion à tête de crémier qui fait son beurre dans laC'est con chanson). Elle a dit qu’il « envoie valser toute une tradition de la chanson française, celle qui lorgne du côté de la littérature avec des litotes et des métaphores », qu’il écrit « sans passer par les figures de style, le contraire de la prétention poétique, une chanson comme du cinéma vérité, des phrases qui défilent sans points ni virgules », et surtout « qu’il impose une silhouette inédite dans le petit monde des chanteurs bien mis, il perd ses cheveux mais il ne renonce pas pour autant à une audace capillaire qui le rapproche de Garcimore, il se laisse pousser le ventre mais chante sur scène torse nu, choix esthétique à part entière d’un grand homme ».
On passera sur les « litotes » et « métaphores » qui lorgnent vers la littérature selon Rebecca (pistonnée par je ne sais qui pour venir cachetonner dans le micro du service public quatre matins par semaine), mais, si j’ai bien compris, le talent de Philippe Katerine, à ses yeux, est avant tout celui d’avoir du bide et de perdre ses tifs. Pour le reste il lui suffit de ne pas écrire des chansons à « prétention poétique », « qui lorgnent du côté de la littérature », et le tour est joué.
Avoir une ambition littéraire et/ou poétique est, dans la plupart des domaines d’expression, généralement considéré comme légitime, c’est même un gage de qualité, mais quand il s’agit de chanson, c’est incongru, il ne peut s’agir, pour Rebecca comme pour bien d’autres, que d’une « prétention ».
De la même manière, un grand-bourgeois parisien ou un fils de notable provincial peuvent avoir l’ambition de devenir Premier ministre ou chef de l’État, c’est légitime. La même ambition chez un plouc devient de la prétention. Ambition ou prétention, c’est une autre façon de dire qu’on ne mélange pas les torchons avec les serviettes. Ni la chanson avec la littérature et la poésie.

Pierre Delorme

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 crapaudf

Floréal Melgar Cofondateur de Radio Libertaire. Animateur du Forum Léo-Ferré pendant dix ans.
 

Pierre Delorme Auteur-compositeur-interprète. Professeur à l'Ecole nationale de musique de Villeurbanne. 
 

rossignolfRené Troin Expert chanson sans assurance.

 



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LTG

Absents le temps d’un long week-end studieux, les trois gars n’ont pas voulu laisser leurs lecteurs sans nouvelles. Aussi en ont-ils écrit trois, inspirées par une ou des chansons de leur choix.

LTG

Durant la période dite trêve des confiseurs les trois gars furent mobilisés sur le front grand-parental,  une bonne excuse pour ne plus rien écrire, manger des chocolats et laisser tomber les lecteurs. Cependant, honteux de leur attitude cavalière, ils décidèrent de donner quand même un peu de lecture à leurs hôtes, sous la forme de trois contes de Noël. Trois contes dans lesquels vous retrouverez les aventures de Mingus et Younsouna, de Johnny-au-disque-d'or, et de Balthazar Brassens, Melchior Ferré et Gaspard Brel.  Les personnages et les situations de ces récits étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite, il va sans dire...

Pierre Delorme

C’est Pierre qui a commencé en m’envoyant deux vers et en me mettant au défi d’en tirer une fable. Il faut dire que le nom du site poussait vers ce titre à la La (ah ! là là !) Fontaine : « Le crapaud et le rossignol ». Je m’y suis donc collé. Après quoi (coâ) Pierre s’est pris à son propre jeu. Et Floréal ? Il a fini par sortir du bois (où chante le rossignolet) pour aller droit au but.

René Troin