Le grand-père, l'homme noir et l'ours

Il y a un an tout juste, notre ami René Troin, l’un des « trois gars » à l’origine de « Crapauds et Rossignols », nous quittait, emporté à une vitesse fulgurante et désespérante par la sale maladie.
Pour rendre hommage à ce camarade qui demeure dans nos pensées, nous vous proposons ce court et très beau texte de lui, publié naguère sur ce site et qu’on retrouve également dans l’ouvrage* que nous avions consacré en mars dernier à notre ami disparu.

Pierre et Floréal

* Teppaz, SLC & Co, de René Troin, éditions Sous la Cape, 2016.

 

C’est drôle, c’est terrible, c’est beau et c’est très loin où ça peut vous ramener une chanson…
Mon grand-père, le seul que j’ai connu, le père de ma mère, fut le phare de mon enfance. Mais de la sienne, je ne sais que des bribes. Faut dire qu’elle était dure à raconter. Quand il est né dans un village misérable des montagnes du nord de l’Italie, c’était encore le XIX
e siècle. J’ignore s’il y avait une école pas loin, en tout cas, comme il n’a pas pu y aller, il ne savait ni lire ni écrire – pour lui, ce fut, toute sa vie, une souffrance silencieuse.
Alors qu’il n’avait que 4 (quatre !) ans, mon grand-père a été placé dans une ferme où on lui a confié la tâche de surveiller le bébé de la maison. Quand celui-ci, qui était mieux nourri que son gardien, est devenu trop remuant, on a donné à mon grand-père – il avait alors six ou sept ans – deux vaches à garder.
Un jour, le maître (ou un de ses maîtres, je n’ai jamais su s’il avait travaillé dans plusieurs fermes avant de venir en France) l’a emmené avec lui à la foire. Et là, mon grand-père a vu un montreur d’ours. L’ours était brun. L’homme était noir. Mon grand-père n’avait pas idée qu’il puisse exister une bête pareille, ni un homme d’une autre couleur que la sienne.
Soixante ans ou presque plus tard, j’en suis encore à me demander qui de l’homme ou de l’animal l’a le plus impressionné…
Ah, oui… c’est
La danse de l’ours, de Rue de la Muette, qui a fait et qui fait, chaque fois, remonter cette histoire.

René Troin 

Read More

La chanson pêchée à la ligne

klein
Supprimer le mot temps de notre vocabulaire reviendrait à nous coudre la bouche. Il suffit de voir l’immense place qu’il occupe en littérature et en philosophie, dans les sciences et la poésie, et surtout dans la chanson populaire, celle qui nous rappelle que la vie est brève, nos amours éphémères et la mort certaine, pour le cas où, distraits par trop de joies, nous l’aurions oublié.

Les Tactiques de Chronos,
Etienne Klein,
Flamarion, 2004.

Read More

Read More

Une chanson grande comme ça !

Photo DR

Photo DR

Des citoyens français sensibles à la cause des réfugiés et favorables à leur accueil ont eu la bonne idée de recopier une partie des paroles de la chanson de Georges Brassens L’Auvergnat, sur des calicots qu’ils ont attachés à la clôture « inutile et coûteuse que « Les croquantes et les croquants,/Tous les gens bien intentionnés » ont érigée sur l’avenue du Président-Wilson à La Plaine-Saint-Denis, en pensant qu’elle serait infranchissable à la misère ! »  Nul doute que ces « braves gens » ont, eux aussi, au moins une fois fredonné dans leur vie la chanson de Brassens, mais quant à mettre en pratique l’humanisme qui y est professé, c’est une autre paire de manches.
Vous me direz, c’est aussi un peu à ça que peuvent servir les chansons… être chantées sans conséquence. Combien d’entre nous ne se sont-ils pas défoulés en hurlant à tue-tête Les Anarchistes ou Ni Dieu ni maître de Léo Ferré ? Les chansons sont faites aussi pour ça, pour exalter des sentiments qui n’ont pas leur place dans la vie quotidienne ou qui sont simplement trop grands pour nous. On peut même les chanter, ces chansons-là, sans croire vraiment à ce qu’elles racontent ou sans les comprendre, simplement pour le plaisir mécanique de la sonorité des mots et des notes.
Mais là n’est pas la question et savoir si les gens qui ont décidé d’édifier cette clôture ont déjà chanté oui ou non la chanson de Georges Brassens est sans importance. En revanche, le fait que d’autres personnes jugent utile d’en copier les paroles en grandes lettres rouges pour que tout le monde les voie nous renseigne sur la valeur symbolique que peut prendre une chanson.
Écrire une chanson si belle que des gens aient envie de la recopier (tout ou partie) sur un mur, une chanson dont les paroles supportent d’être écrites en « grand », voilà qui pourrait être une noble ambition pour un auteur de chansons. Réussir à en écrire au moins une de ce gabarit. Une chanson d’une belle simplicité, comme un slogan. Une chanson grande comme ça !

Pierre Delorme

Les crapauds et rossignols déclinent toute responsabilité quant à l’orthographe et au traitement du participe passé sur le bandeau figurant sur cette vidéo. :-)
Read More

 

 crapaudf

Floréal Melgar Cofondateur de Radio Libertaire. Animateur du Forum Léo-Ferré pendant dix ans.
 

Pierre Delorme Auteur-compositeur-interprète. Professeur à l'Ecole nationale de musique de Villeurbanne. 
 

rossignolfRené Troin Expert chanson sans assurance.

 



Abonnez-vous à notre newsletter

Sélectionnez une ou des listes :

Un petit chef-d'oeuvre

Un petit chef-d'oeuvre

On pourra débattre longtemps afin de savoir (enfin !) si la chanson fait partie des arts majeurs ou mineurs, ou même de l’Art tout court. C’est

Read More

A vos guitares !

A vos guitares !

Le Corne d’Aurochs de la poésie, Alain Bosquet (1), doit se retourner dans sa tombe : voici maintenant que paraît dans la belle collection « Bouquins », chez Robert Laffont,

Read More

Une vue en trompe-l’œil ?

Une vue en trompe-l’œil ?

La chanson est-elle vraiment générationnelle ? Notre appartenance à la génération née dans les années d’après-guerre a sans doute influencé notre point de vue sur le rapport

Read More

Les ombres des Shadows

Les ombres des Shadows

Sur mon Teppaz, j’ai écouté Fort Chabrol par les Fantômes. En 1961, Dean Noton (guitare solo), Jacques Pasut (guitare rythmique), Danny Maranne (guitare basse) et Charles

Read More

Tu chantes trop fort, Léo Ferré !

Tu chantes trop fort, Léo Ferré !

Que peut-il bien passer par la tête des auteurs-compositeurs guitaristes pour qu’ils décident un jour de s’attaquer à une chanson de Léo Ferré sans avoir ni les

Read More

"Qui veut la peau de la chanson française ?"

«  C’est vous dire si je me sens légitime quand je revendique être quelqu’un pour qui les chansons et la musique sont bien trop importantes pour

Read More

Chansons intemporelles le temps d'une génération

Chansons intemporelles le temps d'une génération

La chanson de consommation est générationnelle, on l’a dit et répété. Chaque échange avec des passionnés du genre confirme cette vérité. Les chansons ou les groupes

Read More

Une chanson à plus d’un titre

Une chanson à plus d’un titre

Sur mon Teppaz, j’ai écouté Infidèle par les Copains. En 1961, Alain Gaunay et Claude Pitowski n’auraient pas pu trouver plus simple et efficace pour baptiser

Read More

Ici, c'est le coin des amis de passage. Ceux qu'on rencontre au gré d'un blog ou d'un concert. On les connaît bien ou non, mais on apprécie les histoires qu'ils nous racontent et les réflexions que la chanson leur inspire, pour peu qu'ils aient des bons et des mauvais goûts divers, et ne dédaignent pas le poil à gratter. C'est en cela qu'on reconnaît les amis des crapauds et des rossignols. Il y aura toujours un bord de boutasse ou un bout de branche pour eux.

LTG

Absents le temps d’un long week-end studieux, les trois gars n’ont pas voulu laisser leurs lecteurs sans nouvelles. Aussi en ont-ils écrit trois, inspirées par une ou des chansons de leur choix.

LTG

Durant la période dite trêve des confiseurs les trois gars furent mobilisés sur le front grand-parental,  une bonne excuse pour ne plus rien écrire, manger des chocolats et laisser tomber les lecteurs. Cependant, honteux de leur attitude cavalière, ils décidèrent de donner quand même un peu de lecture à leurs hôtes, sous la forme de trois contes de Noël. Trois contes dans lesquels vous retrouverez les aventures de Mingus et Younsouna, de Johnny-au-disque-d'or, et de Balthazar Brassens, Melchior Ferré et Gaspard Brel.  Les personnages et les situations de ces récits étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite, il va sans dire...

Pierre Delorme

C’est Pierre qui a commencé en m’envoyant deux vers et en me mettant au défi d’en tirer une fable. Il faut dire que le nom du site poussait vers ce titre à la La (ah ! là là !) Fontaine : « Le crapaud et le rossignol ». Je m’y suis donc collé. Après quoi (coâ) Pierre s’est pris à son propre jeu. Et Floréal ? Il a fini par sortir du bois (où chante le rossignolet) pour aller droit au but.

René Troin