So long Leonard

  (Photo by P. Ullman/Roger Viollet/Getty Images)

(Photo by P. Ullman/Roger Viollet/Getty Images)

On a beaucoup parlé de Bob Dylan ces derniers temps, son prix Nobel a fait couler de l’encre. On parlait moins de son « rival » de la fin des sixties, Leonard Cohen. Voilà qu’on en parle tout autant, mais pour une bien plus triste raison, sa disparition à l’âge de 82 ans.
Les médias sont émus.
Tout le monde nous raconte Leonard, le chantre de l’amour, du sexe et de la mélancolie. Chacun sa bio ou ses souvenirs. Parfois on dit « le musicien », d’autres fois « le poète », mais tout le monde s’accorde sur son grand talent, son originalité et son importance dans l’histoire contemporaine de la chanson. Une seule fausse note dans ce concert de louanges, notre astrologue en chef de la chanson, Françoise Hardy, qui ne se rappelait pas si Leonard était canadien ou anglais, a trouvé qu’il n’était pas un bon mélodiste. Bob Dylan, interrogé au sujet de Cohen par le New Yorker, avait évoqué avec enthousiasme le « génie » de ses mélodies, d’une simplicité et d’une pureté harmonique exceptionnelles. Il est vrai que ce pauvre Bob n’y connaît pas grand-chose en astrologie.
Trêve de propos de crapauds et rossignols perfides, après tout nous sommes à un enterrement et ça n’est donc ni le lieu ni l’heure. Comme à une cérémonie funéraire, fendons-nous donc aussi de notre témoignage ému, où l’on veut parler du défunt mais où l’on finit, hélas, par parler de soi !
J’ai bien connu Leonard. J’ai passé des heures avec lui, courbé sur mon Teppaz à décrypter les arpèges de sa guitare*. Nous sommes ainsi devenus familiers et j’ai presque l’impression d’avoir le droit de dire que je l’ai bien connu, à la manière d’un plombier qui serait venu faire des travaux chez lui, par exemple. Mais si jouer bien ses arpèges (même ses triolets à défier un cheval au galop !) était une chose, bien chanter ses chansons en était une autre. D’abord parce que c’était en anglais et que notre accent était en toc, et ensuite parce que le registre était le plus souvent hors de portée de nos voix juvéniles. Heureusement, Graeme Allwright survînt avec ses adaptations françaises magnifiques ! Nous avons pu y aller franco.
Leonard Cohen nous a indéniablement apporté de belles émotions et il fait à jamais partie de notre culture personnelle. Était-il un grand poète, un grand musicien, je ne sais pas. L’ado que j’étais aurait répondu à coup sûr un très fort « oui ! », indigné qu’on puisse poser la question. Mais le pas tout à fait vieil homme que je suis devenu répond qu’il n’en sait fichtre rien et que ce genre de question n’a d’ailleurs aucune importance. Simplement, en entendant Suzanne ce matin, un peu avant 7 heures, devant mon café, j’ai compris que Leonard ne devait plus être en grande forme, et je me suis dit aussi que c’était vraiment une très belle chanson et une très, très belle voix. So long Leonard.

Pierre Delorme

* Leonard, dont la voix était très grave, accordait parfois sa guitare jusqu’à deux tons au-dessous de l’accord normal, pour jouer ses chansons avec les doigtés les plus courants pour les accords. Félix Leclerc faisait la même chose.

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La chanson pêchée à la ligne

klein
Supprimer le mot temps de notre vocabulaire reviendrait à nous coudre la bouche. Il suffit de voir l’immense place qu’il occupe en littérature et en philosophie, dans les sciences et la poésie, et surtout dans la chanson populaire, celle qui nous rappelle que la vie est brève, nos amours éphémères et la mort certaine, pour le cas où, distraits par trop de joies, nous l’aurions oublié.

Les Tactiques de Chronos,
Etienne Klein,
Flamarion, 2004.

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La grande chanson

Bob Dylan disait un jour que le monde n’a plus besoin de chansons*. Il disait aussi que chacun porte en lui une grande chanson ou un grand roman. Pour les romans, je ne sais pas, mais pour les la-grnade-chanson-2chansons je me demande s’il n’a pas raison. J’ai vu défiler un très grand nombre d’auteurs-compositeurs dans le département chanson du conservatoire où j’exerçais. La plupart de ces jeunes gens (certains un peu moins jeunes) avaient écrit au moins une très bonne chanson, leur « grande chanson », avant ou pendant leur passage au conservatoire. Souvent ce fut la seule, les autres étaient plus ordinaires, voire médiocres. Sans doute cette « grande chanson » était celle dont parle Bob Dylan, celle que chacun porte en soi. Ceux-là sont parvenus à l’entendre et lui faire voir le jour, à « l’inventer », dans le sens ancien de ce mot (découvrir ce qui est caché). Chez d’autres, elle reste à l’état latent, elle chante dans leur tête à leur insu.
On peut bien sûr se demander ce qu’est une « grande chanson »… Les avis risquent de diverger. Bob Dylan dit que c’est celle que chacun porte en soi** et il a sans doute raison, c’est un maître. Alors écoutons en nous-mêmes, peut-être l’entendrons-nous. Et avec un peu de chance, nous découvrirons un roman en même temps !

Pierre Delorme

* Il a dit ça dans une interview après avoir lui-même écrit quelques centaines de chansons… Un peu à la façon d’un banquier qui aurait accumulé l’argent toute sa vie et finirait par dire que le monde n’a plus besoin d’argent.
** Notons que chez les grands artistes, à commencer par Bob Dylan lui-même, il est difficile de dire quelle est « leur grande chanson », on peut même se demander s’ils n’en porteraient en eux bien davantage qu’une seule ! Et on pourrait ajouter, si on était méchants, qu’en revanche, chez d’autres on la cherche encore… Mais ça n’est pas le genre des Crapauds et Rossignols !

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 crapaudf

Floréal Melgar Cofondateur de Radio Libertaire. Animateur du Forum Léo-Ferré pendant dix ans.
 

Pierre Delorme Auteur-compositeur-interprète. Professeur à l'Ecole nationale de musique de Villeurbanne. 
 

rossignolfRené Troin Expert chanson sans assurance.

 



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Absents le temps d’un long week-end studieux, les trois gars n’ont pas voulu laisser leurs lecteurs sans nouvelles. Aussi en ont-ils écrit trois, inspirées par une ou des chansons de leur choix.

LTG

Durant la période dite trêve des confiseurs les trois gars furent mobilisés sur le front grand-parental,  une bonne excuse pour ne plus rien écrire, manger des chocolats et laisser tomber les lecteurs. Cependant, honteux de leur attitude cavalière, ils décidèrent de donner quand même un peu de lecture à leurs hôtes, sous la forme de trois contes de Noël. Trois contes dans lesquels vous retrouverez les aventures de Mingus et Younsouna, de Johnny-au-disque-d'or, et de Balthazar Brassens, Melchior Ferré et Gaspard Brel.  Les personnages et les situations de ces récits étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite, il va sans dire...

Pierre Delorme

C’est Pierre qui a commencé en m’envoyant deux vers et en me mettant au défi d’en tirer une fable. Il faut dire que le nom du site poussait vers ce titre à la La (ah ! là là !) Fontaine : « Le crapaud et le rossignol ». Je m’y suis donc collé. Après quoi (coâ) Pierre s’est pris à son propre jeu. Et Floréal ? Il a fini par sortir du bois (où chante le rossignolet) pour aller droit au but.

René Troin